Dessins

Quelques dessins. Rouges. Glanés ici et là. Parce que pour l'instant, je ne suis pas capable de mettre des mots.

(Crédit : Mathieu Mizzon.)
(Crédit : Mathieu Mizzon.)
(Crédit : JM Nieto.)
(Crédit : JM Nieto.)
(Crédit : Ana Juan)
(Crédit : Ana Juan)
(Crédit : Boz.)
(Crédit : Boz.)
(Crédit : Mana Neyestani.)
(Crédit : Mana Neyestani.)

Quand le progrès marche à l'envers

Le Kindle représente la quintessence du contraire de ce que doit être une liseuse. C’est fermé, compatible avec rien, entièrement orienté vers la vente de contenu sous copyright, les fonctionnalités sont volontairement limitées par des choix commerciaux plutôt que par les possibilités de la technologie… Il y a même de la publicité.

Ce que j’attends d’une liseuse ? La même chose que ce que j’attends de mon lecteur MP3 : je charge dessus les fichiers que je veux, provenant d’où je veux, selon le moyen que je veux, ça m’en affiche la liste selon un classement logique, puis je peux lire n’importe quel fichier qui sera rendu de la même manière que je sois sur le lecteur de ma voiture, de mon téléphone, de ma chaine de salon ou de mon ordi portable. En fait, c’est ce qu’on attend tous de n’importe quel logiciel.

Ce que propose le Kindle à la base ? Je ne peux y charger que des fichiers dans un format propriétaire, venant de la boutique d’Amazon, ça m’en affiche la liste dans un ordre dont je n’ai toujours pas compris la logique et que je ne peux pas configurer, et le rendu est spécifique au Kindle (le même bouquin sur une autre liseuse a un aspect différent). Tout est orienté autour d’Amazon : tout passe par leur plateforme, il y a des bandeaux de pub pour vous vendre plus de bouquins et plus de services, il y a des options qui frôlent la vente forcée, genre l’achat automatique du tome N+1 quand vous avez presque fini de lire le tome N d’une série. Le système est inutilisable, même pour lire des œuvres libres de droits, si vous n’avez pas un compte, une carte bancaire et une connexion WiFi, ceci étant bien sûr un choix marketing et non une contrainte technique.

Certes, il y a moyen de contourner. Il existe différents outils permettant de convertir les eBooks classiques au format Kindle ; outils qui au passage rivalisent de lourdeur et d’anti-ergonomie. Ça ne fonctionne pas trop mal pour du texte simple, mais il y a des (mauvaises) surprises avec les mises en page plus évoluées. On peut ensuite charger le fichier obtenu par un câble USB ; mais alors, ces livres n’apparaissent plus dans votre bibliothèque, mais dans une section un peu planquée intitulée « Documents personnels ». Eh oui, pour Kindle, ce ne sont pas de vrais livres, puisque vous ne les avez pas achetés chez Amazon… Du coup, comme ce ne sont pas de vrais livres, un certain nombre de fonctionnalités n'y sont pas applicables, par exemple la synchronisation par réseau.

Le Kindle est un magnifique exemple de ce que le marketing numérique fait de pire : appâter avec un produit pas cher, mais en réalité tellement fermé et orienté que la plupart des usages qui semblent naturels et légitimes sont impossibles, au profit d’autres usages, plus rémunérateurs pour l’entreprise. C’est que le marketing vous arnaque en jouant dès le départ sur une ambiguïté : vous croyez acheter des livres ; en réalité, Amazon vous vend seulement un droit limité à lire son contenu. Limité, car si votre liseuse tombe en panne, du fait du format propriétaire et du fonctionnement en cloud, vous perdez les livres qui sont dessus, sauf à racheter un appareil équivalent ; de même si Amazon ferme, ou ne peut plus pour des raisons techniques, ou ne veut plus pour des raisons commerciales, proposer le service. En fait, Amazon qualifie de vente ce qui est une location, puis essaie de vous convaincre que c’est pour votre bien en vous vantant tout ce que ça permet de faire. Or le problème n’est pas tout ce que ça permet de faire de plus qu’un livre papier, mais bien tout ce que ça permet de faire de moins – sans aucune justification technique.

(Il est amusant de noter que l’industrie de la musique a tenté la même approche marketing à ses débuts, avec des formats audio propriétaires, des plateformes fermées, des DRM, des fichiers lisibles sur un nombre limité d’appareils, etc. Et ils se sont ramassés comme des merdes.)

Au delà de l’arnaque du client, au delà de l’expérience utilisateur calamiteuse, je trouve très décevant qu’un progrès technologique (car la liseuse est un énorme progrès, je ne pourrais plus m’en passer personnellement) qui devrait favoriser la diffusion et surtout la production de contenu, fasse en réalité tout le contraire. La vraie révolution du numérique et d’internet en particulier ? Tout le monde peut produire du contenu. Avant, pour publier de la musique, il fallait une maison de disques ; pour publier des textes, il fallait une maison d’édition. C’était justifié par des contraintes matérielles (presser un disque ou imprimer un livre n’est pas trivial), mais de fait, ça introduisait un filtre sur le contenu, les producteurs ayant tendance à ne produire que ce qui avait un intérêt commercial.

Maintenant, tout le monde peut produire du contenu. Ça a des conséquences immenses sur la société, sur la politique, sur le fonctionnement de la démocratie, sur l’économie… Par exemple, dans un domaine qui me touche particulièrement, le droit des minorités, un nombre hallucinant de textes essentiels ont pu être diffusés plus largement grâce au numérique et à internet. Dans le domaine de l’industrie, beaucoup d’entreprises ont pu concevoir des produits innovants grâce à des connaissances (des algorithmes, par exemple) accessibles sur internet. Dans le domaine de l’information, typiquement lors du printemps Arabe, nous avons tous constatés la supériorité et la réactivité des réseaux sociaux par rapport aux journaux traditionnels.

Avec les liseuses actuelles, on en revient à cette vieille idée dépassée qu’il y aurait quelques producteurs, qui savent ce qui est bon pour les masses, et des consommateurs, qui consomment bien gentiment. Amazon propose bien un système d’auto-publication permettant à n’importe qui de diffuser ses écrits ; mais c’est encore un système fermé, bien moins souple, moins pratique et moins universel qu’un simple ePub déposé sur un site web correctement référencé par les moteurs de recherche.

Enfin, je ne peux pas ne pas évoquer l’immense arnaque des éditeurs qui vendent au même prix un ouvrage papier, qui est un bien matériel épuisable, aux coûts de fabrication et de distribution incompressibles, et un ouvrage numérique, qui est un simple fichier réplicable à l’infini pour un surcoût négligeable. L’arnaque ne se limite pas au client d’ailleurs, mais s’étend aussi aux auteurs : j’ai ouï dire que certaines maisons, profitant de clauses stipulant des « droits de reproduction sur tous supports » sur des contrats signés il y a 20 ou 30 ans, à une époque où on n’imaginait même pas qu’un jour les liseuses existeraient, ressortaient de vieux ouvrages au format numérique sans reverser un kopeck aux ayants droits.

Avec Kindle, j’ai un peu l’impression que le progrès marche à l’envers. Mais j’ai bon espoir que la gamelle à venir, comme celle qui est tombée sur l’industrie de la musique, remette le progrès en marche dans le bon sens d’ici pas trop longtemps…

Trollons la GPA

Au départ, je n'étais ni favorable ni hostile à la GPA. C'est exactement le genre de sujet pour lequel je trouve qu'il n'y a que des mauvaises solutions. Comme souvent dans ces cas-là, mon vieux fond anar refait surface et me souffle : que chacun fasse comme il veut en accord avec sa propre conscience, vu que ça ne perturbera pas l'équilibre du monde, vu qu'il s'agit d'une pratique qui restera toujours ultra-confidentielle, vu que je me suis laissé dire que l'écrasante majorité des couples avaient un moyen plus simple et relativement agréable de faire des bébés.

Hélas, la MPT a mis le sujet sur le tapis et comme chez nous, c'est l'extrême-droite qui fixe les termes du débat et l'agenda médiatique, il se trouve depuis deux ans tout un tas de personnalités pour tomber dans le piège de croire qu'on les somme de dire qu'ils sont contre. D'illustres intellectuel-le-s signent donc des tribunes et des pétitions, des éditorialistes prennent position, des politiciens de tous bords lâchent des petites phrases, des papes font la morale au parlement européen ; des élus déposent même des propositions de loi visant à interdire la GPA – ce qui est fascinant en terme de gaspillage d'énergie parlementaire puisqu'elle est déjà interdite.

N'ayant pas trop d'avis et souhaitant m'en forger un, je me suis donc intéressé au discours des opposants. Et ça m'a semblé plutôt pauvre. (En même temps, si la qualité des débats politiques atteignait des sommets, ça se saurait.) Au point que plus je lisais leurs arguments contre, plus j'avais envie d'être pour.

Le reste n'est qu'imprécations catastrophistes à base de rupture anthropologique, de retour des Lebensborn et de fin de la civilisation – comme à peu près chaque fois qu'émerge une nouveauté depuis l'origine de l'humanité. Le réac est conservateur jusque dans son argumentation.

Si je voulais troller, je proposerais bien une solution : autoriser la GPA, mais interdire catégoriquement qu'elle soit rémunérée. Ça résout tous les problèmes à la fois ! On répond à la demande des couples stériles, c'est raccord avec la pratique actuelle (à l'œuvre dans les greffes par exemple) de non commercialisation du corps humain, pas de pression économique sur les femmes puisque la seule motivation serait l'altruisme, pas de risque de trafic ou de filière illégale puisque ça ne pourrait pas rapporter d'argent.

Allez, on fait comme ça et on n'en parle plus.

Statistiques et LGBT

Un ami demande sur Twitter quel est le pourcentage de personnes LGBT dans la population française. Mon problème est que cette question n’a pas de réponse et peut-être même, pas de sens. (Je ne parlerai que des problématiques G et B et laisserai de côté le L et le T, que je maîtrise nettement moins bien.)

Il est évident que l’on doit compter parmi les gays les hommes qui entretiennent des relations amoureuses et sexuelles stables avec un ou plusieurs autres hommes et qui le revendiquent. Ça ne fait aucun doute.

Mais comment compter les hommes qui entretiennent des relations amoureuses et sexuelles stables avec un ou plusieurs autres hommes mais qui le nient farouchement si par hasard on leur pose la question ? Doit-on compter les hommes qui sont en couple hétérosexuel stable mais qui adorent sucer une bite de temps en temps, oh pas souvent, disons une fois tous les deux ou trois ans, pas plus, juste quand l’envie devient vraiment trop forte ? Doit-on compter les hommes qui ont au moins une fois dans leur vie tripoté le sexe d’un autre homme jusqu’à éjaculation ? Si j’en crois mes souvenirs d’adolescent, ça ferait beaucoup de monde… Il faudrait limiter aux expériences, disons, adultes ; mais l’âge adulte, en matière de sexualité, ça commence quand ? Et si on est adulte mais qu’on a des relations homosexuelles par défaut, parce qu’on se trouve dans un environnement exclusivement masculin (prison, internat, marine…) mais qu’au fond, ça n’est pas ce qu’on préfère, est-ce que ça compte ? Et si c’est culturel, comme le hammam des pays arabes ? Doit-on compter les hommes qui jusque-là n’ont jamais eu que des relations hétérosexuelles mais qui n’excluent pas l’idée qu’un jour, si l’occasion et le moment se présentent, ils pourraient se mettre en couple avec un autre homme ? Ces gens se revendiqueraient probablement bisexuels si on leur demandait, mais on risquerait alors d’inclure parmi les LGBT des gens qui seront peut-être techniquement hétérosexuels toute leur vie parce que l’occasion et le moment ne se seront jamais présentés. Doit-on compter les hommes qui couchent avec d’autres hommes mais qui ne se définissent pas comme gay, parce qu’ils n’ont pas encore fait ce chemin dans leur tête ? (Personnellement, j’ai fait ce chemin à l’âge de 26 ou 27 ans, autrement dit j’ai faussé les statistiques pendant longtemps !) Doit-on aussi compter les hommes qui fantasment à en crever sur leur voisin de douche à la salle de sport mais qui ne passeront jamais à l’acte parce qu’ils se l’interdisent pour cause de barrières morales strictes ?

Il faudrait peut-être définir ce qu’est une relation (homo) sexuelle pour y voir plus clair. Faire des trucs avec ses organes génitaux ? La plupart des gens ne classent pas la bouche ou les mains parmi les organes génitaux. Pénétrer une autre personne ? Oui mais alors, la masturbation ? Et qu’en pensent, dans la très chrétienne Amérique, ces jeunes filles qui sont sincèrement persuadées d’arriver vierges au mariage au prétexte qu’elles n’ont jamais eu de rapport vaginal, bien qu’elles s’envoient des kilomètres de bites ? Pour les homosexuels, on pourrait être tenté d’assimiler le rapport sexuel à la sodomie ; mais ça ne marche pas non plus, seulement 35 % des personnes se revendiquant comme gays pratiquent effectivement la sodomie.

Bien sûr, on peut donner des définitions très techniques à tout ça. Par exemple, dire qu’un homosexuel est un homme qui amène volontairement un autre homme à avoir un orgasme, de façon régulière et répétée, sur une période de temps assez large, à l’âge adulte, etc. Mais se posent alors des difficultés méthodologiques : il n’y a pas de caméra derrière chaque individu, tout recensement ne peut se faire que sur la base de déclarations ; et l’homosexualité pouvant être perçue comme honteuse, ou secrète, son aveu pouvant même être dangereux, beaucoup d’hommes mentent lorsqu’ils sont interrogés sur la question.

Bref, puisqu’on demande des chiffres, en voici quelques uns, parfaitement pifométriques, basés sur mon vécu et mon milieu ; je suis sûr que des personnes d’autres cultures ou d’autres milieux donneraient des chiffres différents :

On est bien avancé, avec ça.

En fait, une notion que je n’ai comprise qu’assez récemment est que l’homosexualité n’a que peu à voir avec les pratiques sexuelles (pas étonnant d’ailleurs vu la difficulté à les définir proprement et l'écart entre les pratiques réelles et le ressenti des intéressés…), mais qu’il s’agit plutôt d’une identité sociale, d’un stéréotype, voire d’un archétype.

Vous pouvez refuser, accepter ou revendiquer cette identité. Elle peut vous être attribuée par les autres (en pratique : par défaut vous êtes hétéro, sauf si vous êtes un homme efféminé ou une femme masculine) et dans ce cas vous ne pouvez pas y faire grand-chose. Avec cette identité homosexuelle vient tout un ensemble d’images, de stéréotypes, qu’on vous colle d’office ; mais surtout, avec elle, vient votre place dans la société.

Si vous êtes identifié comme homosexuel, il est normal de se moquer de vous à l’école, dans votre milieu professionnel, dans diverses œuvres de fiction, dans les médias ; il est normal que vous cachiez votre orientation sexuelle, en ne faisant pas de démonstration d’affection en public, en ne parlant pas de votre famille à vos collègues ; il est normal que certains droits ne s’appliquent pas à vous et il est normal que des élus qui ne connaissent strictement rien à votre vie en décident à votre place ; il est normal qu’on se méfie dès que vous approchez des enfants parce que vous êtes au mieux un mauvais exemple, au pire un pédophile en puissance ; etc.

Et la preuve que tout ceci est purement social et n’a rien à voir avec ce que vous faites en pratique avec vos organes génitaux, c’est qu’il suffit pour un hétérosexuel d’avoir l’air homosexuel pour se retrouver victime de ces manifestations d’homophobie, tandis qu’il suffit à un homosexuel d’avoir l’air hétérosexuel (par exemple en épousant une femme, coucou Pierre Palmade, coucou Yves Mourousi, coucou des milliers de pédés chaque année en fait) pour acquérir tous les avantages sociaux et légaux que procure l’identité hétérosexuelle.

Capitalisme

Coïncidence programmatique, deux émissions sur l’économie passent sur les antennes en ce moment. L’une sur Arte est un documentaire en six épisodes sur l’histoire du capitalisme, l’autre sur France 2 est un magazine d’économie présenté par François Lenglet. Ce qui est intéressant, c’est que les deux se vantent dans leurs bandes annonces respectives d’une approche dénuée de toute idéologie.

C’est évidemment ridicule. Le discours politique ou économique est toujours idéologique. Parce que la complexité du réel fait que tout choix implique des avantages et des inconvénients, parce que les avantages des uns sont les inconvénients des autres, parce que chacun a sa subjectivité et son échelle de valeur pour juger de la « désirabilité » d’un avantage et de « l’inacceptabilité » d’un inconvénient, parce que chacun a des taches aveugles et des croyances qui biaisent sa vision, parce que le pragmatisme de certains n'a rien de pragmatique pour d'autres, bref parce qu'on parle d'une science humaine et non d'une science exacte, aucun discours n’est neutre.

Qu’un journaliste ignore cette évidence et prétende faire un reportage non idéologique sur l’économie est justement la preuve qu’il ne comprend rien à l’économie. Inutile de dire le peu de crédit que cela donne à son travail.

Mais alors, dans les faits, ces deux émissions, que donnent-elles ?

Le documentaire d’Arte est passionnant, même si un peu chiant dans la forme à mon goût. (Ah ! Le fameux don d’Arte pour rendre ennuyeux les sujets les plus intéressants…) Et bien sûr, contrairement aux prétentions annoncées, il n’est pas neutre. Loin s’en faut. Le choix des intervenants n’est pas neutre ; le choix des extraits d’émissions qui illustrent le propos n’est pas neutre ; le montage, avec des citations brèves, présentées hors contexte, ce qui peut induire un doute sur l’intention réelle de leur auteur, n’est pas neutre ; les effets d’emphase de la réalisation (ralenti, incrustation de phrases chocs à l’écran, etc.) ne sont pas neutres ; même le choix de la musique, qui devient angoissante lorsque le propos se porte sur certains sujets, n’est pas neutre. On va dire qu’il suffit soit d’en avoir conscience, soit de pencher naturellement vers la même non-neutralité, pour que ce parti-pris ne soit pas gênant…

Quant à l’émission de François Lenglet, soyons sérieux. Je ne l’ai jamais regardée. La vie est déjà bien assez pénible pour s’infliger en entier une émission politique du service public.

Food Porn

Tu as passé une journée de merde au boulot. Pire, en rentrant chez toi à moto, tu t’es pris l’averse du siècle, celle qui n’était pas prévue par Météo France, du coup tu n’avais pas ton équipement de pluie. Et te voilà dégoulinant sur le parquet du salon, à enlever une par une et à grand renfort de jurons, les couches de vêtements collées à ta peau par la flotte glaciale.

Il te faut du réconfort.

Par exemple, une soupe de légumes brûlante. Alors attention, soyons sérieux. Je ne parle pas d’un Royco Minute Soupe ou d’un sachet Knorr. Je parle d’une vraie soupe. Non, n’essaie pas de me dire que tu ne sais pas cuisiner. Il n’y a rien de plus simple à préparer qu’une soupe. C’est facile : tu prends tous les légumes que tu peux trouver dans ton frigo, tu les plonges dans l’eau bouillante salée pendant 20 minutes et tu mixes. Ça marche à tous les coups. Quels que soient les légumes. Pommes de terre, carottes, navets, céleri rave, haricots verts, petits pois, brocolis, pois gourmands, asperges, poireaux… Tous, je te dis.

Alors après, moi, mais bon j’ai un peu d’expérience tu vois, j’aime bien jouer avec les couleurs. Par exemple, les verts : brocolis, haricots, petits pois, courgettes. Ou alors les oranges : potiron et carotte. Ou les blancs : asperge et chou-fleur. Mais tu n’es pas obligé.

Bref. Tu as ta soupe de légume brûlante dans ton bol. Maintenant tu y verses un demi-verre de vin rouge. Pas de discussion, c’est un ordre. Ca s’appelle « faire chabrot », tous les anciens qui ont des racines au sud de la Loire connaissent. Le copain ne se rappelle jamais du nom, il appelle ça « faire shalom » ou « faire Gavroche », ça dépend des jours. On rigole bien.

Les légumes et le vin, c’est bon, c’est goûtu. Mais ça manque de gras. Or le gras, c’est la vie ! Ajoutons donc de la graisse : un bon camembert au lait cru sur une tranche de pain de campagne.

Tu me vois venir ? Oui. Tu as compris. Tu trempes la tartine de camembert dans la soupe de légume au gros rouge.

Ça va mieux, hein ?

Choix éditoriaux

Le problème de la manif pour tous, ce n'est pas seulement 70 000 crétins dans la rue. C'est aussi la place ahurissante que les chaines d'information lui accordent, c'est aussi leurs leaders et leurs idéologues invités dans tous les magazines télés.

Liberté d'expression, répondent en chœur les journalistes interpellés sur ce sujet. Certes, mais c'est un peu court, comme réponse. Au nom de la liberté d'expression, on ne donne pas automatiquement libre antenne à n'importe quel péquin illuminé qui raconte n'importe quoi. Un choix éditorial est bien évidemment fait, tout passe par le filtre journalistique. Une manifestation réclamerait-elle l'interdiction du divorce ou de la procréation hors mariage que les chaines n'y consacreraient qu'un clin d'œil amusé dans la rubrique « insolite » en fin de journal. Au mieux, le leader d'un tel mouvement serait invité en mode « diner de cons » dans des émissions humoristiques. Mais ça ne justifierait certainement pas une après-midi entière de direct, des envoyés spéciaux sur le terrain et des spécialistes interviewés en plateau.

Inviter Zemmour, Boutin, La Rochère ou je ne sais quel évêque rétrograde partout, ce n'est pas une conséquence de la liberté d'expression, ce n'est pas un impératif qui serait lié à l'actualité ; c'est un choix éditorial parfaitement volontaire, qui traduit une certaine hiérarchisation de l'information par les rédactions, qui traduit elle-même un certain regard de la société. J'ai envie de dire : un certain regard des hétéros sur les homos. Parce que oui, magnifique allégorie de la condescendance, l'immense majorité des journalistes et des invités qui parlent mariage des homos, adoption ou PMA à la télé, ainsi que les députés qui votent sur ces questions à l'Assemblée, sont hétéros. Il circulait l'autre jour sur les réseaux sociaux une photo prise à une conférence internationale sur les droits de la femme où l'on voyait une table ronde exclusivement composée d'hommes ; et tout le monde de s'esclaffer. Eh bien nous sommes exactement dans la même situation, sauf que là, ça n'a l'air de choquer personne. C'est aussi pour ça que la visibilité homosexuelle est fondamentale. L'association des journalistes gays et lesbiens, l'injonction au coming-out des personnalités publiques, ça n'est pas du communautarisme ; ce sont des outils essentiels pour savoir d'où les gens parlent, par quel prisme ils voient le monde et donc, pour juger si leur parole est pertinente et légitime.

D'autre part, si la liberté d'expression garantit le droit de s'exprimer, elle ne garantit pas que toute parole soit intelligente, argumentée, véridique, respectueuse… Non, toutes les idées ne se valent pas. Personnellement, je ne crois pas que toute idée qui sous-entende une hiérarchisation des êtres humains ait la moindre valeur. Racisme, sexisme, homophobie ; autant de façons de dire que l'autre est inférieur ; autant d'idées qui ne méritent pas d'être exprimées sans conséquence, qui exigent d'être au minimum contredites lorsqu'elles sont exprimées.

Or elles sont légions, ces émissions où l'on invite sans les contredire des racistes pour parler de la condition des musulmans, des machos pour parler du droit des femmes, des homophobes pour parler du couple homosexuel.

Sur cela les journalistes doivent faire leur introspection, s'interroger sur leur responsabilité vis-à-vis de la société, et arrêter de brandir la liberté d'expression comme une formule magique dès qu'on critique leurs choix éditoriaux.

Pilori éternel

Dans le roman Notre-Dame de Paris 1482 on trouve, livre 7 chapitre 4 :

« Il ne prit pas même le temps de jeter une pierre en passant, comme c'était l'usage, à la misérable statue de ce Périnet Leclerc qui avait livré le Paris de Charles VI aux anglais, crime que son effigie, la face écrasée de pierres et souillée de boue, a expié pendant trois siècles au coin des rues de la Harpe et de Bussy, comme à un pilori éternel. »

Je n’ai pas trouvé trace historique de cette anecdote (mais il est possible que les internets ne sachent pas tout). Il s’agit donc probablement d’une invention de Victor Hugo. Néanmoins, l’idée est bonne !

Je suggère que l’on érige une statue de Thomas Thévenoud en plein centre de Paris.

Sur Thévenoud

Tel un running gag bien huilé, chaque jour qui passe s'accompagne de la révélation d'une nouvelle chose que Thomas Thévenoud ne payait pas. Ses impôts, son loyer, son kiné, ses amendes… À ce stade, ce n'est plus de la négligence, pas même de la pingrerie, on verse dans la psychiatrie ! Lui-même d'ailleurs emploie le terme de « phobie » pour qualifier son état.

Je suppose que ça l'arrange qu'on le croit malade. En quelque sorte, ça le dédouane un peu. « Ce n'est pas moi, c'est mon inconscient ! D'ailleurs, regardez, j’ai une attestation de la Faculté ! »

Ne soyons pas dupe. S'il existe bel et bien des gens qui ont une peur phobique de l'administration, ceux-là ne se trouvent pas parmi les ministres mais bien plutôt parmi les sans-emplois, les sans-papiers, les sans-domiciles, les sans-dents, bref, tous ceux dont la survie est à la merci d’un aléa de la politique, d’un durcissement d’une règle administrative, de la publication d’une circulaire ministérielle. Le genre de circulaire que pondent des mecs comme Thomas Thévenoud.

La violence des élites ne tient pas seulement au fait qu’ils concentrent davantage d’argent et de pouvoir que les classes moyennes ou populaires, elle réside aussi dans leur maitrise des réseaux, dans leurs amitiés savamment cultivées, qui leur permettent de passer au travers des contingences du commun des mortels. Là où vous et moi investissons du temps, de l’énergie et surtout du stress pour trouver un emploi, une place en crèche ou un justificatif administratif quelconque, d'autres n'ont besoin que d'un coup de téléphone poli à tel camarade de promo devenu entre temps PDG, adjoint au maire, ou haut-fonctionnaire.

Le cas Thévenoud en est la parfaite illustration. Circulait sur Twitter il y a quelques jours un vieil article de Ouest-France où l'on apprenait qu'un quidam avait été condamné à un an de prison ferme en 2010 pour avoir refusé de déclarer ses revenus ; notre ex-ministre auto-proclamé phobique, lui, ne connaitra jamais les barreaux : sa situation fiscale a été « régularisée ». Que de violence et d’injustice derrière cet euphémisme.

Cerise sur le gâteau, celui qui refusait de déclarer ses revenus en privé était le même qui à l'Assemblée Nationale vilipendait la fraude fiscale et était nommé vice-président de la commission d'enquête sur l'affaire Cahuzac.

Je me demande toujours si ces gens se rendent compte. Énième illustration de la parabole de la paille et de la poutre ? Ou bien pleine conscience de ce qu’ils font mais sentiment d’impunité lié à leur statut social ? Ou carrément, la certitude que la loi est faite pour le bas-peuple et certainement pas pour leur auguste personne ? Un peu des trois, j’en ai peur.

En attendant, Thomas Thévenoud ne pourra pas mettre un pied sur un marché populaire ou dans un local du PS avant longtemps sans se faire cracher à la gueule. C’est que le bas-peuple a sa manière de rendre la justice, aussi.

Sinon, pendant ce temps, Manuel Valls fait des imprécations contre la montée du FN.

La bulle

Tous les matins j’ouvre Twitter et je prends connaissance des sujets sur lesquels il va falloir que je m’indigne aujourd’hui.

Un crétin anonyme a pondu un tweet raciste bouh le vilain please report as spam. Un ministre a dit une grosse connerie sur les nouvelles technologies haha c’est pas possible tous ces vieux énarques qui ne comprennent rien à internet please RT. Le patron d’une grosse entreprise de l’agro-alimentaire s’est fendu d’une déclaration homophobe dans un obscur média étranger vite vite lançons un #boycott. Un militant LGBT a dit un truc islamophobe non mais allô mot-dièse intersectionnalité des luttes quoi.

Je dois être un mauvais citoyen, parce que tout ça, au mieux je m’en tape, au pire ça me fatigue. Les tweets racistes ou homophobes me blessent (vraiment) et je n’ai pas du tout envie d’en voir passer dans ma timeline, même quand c’est pour les dénoncer. Qu’un ministre n’arrive pas à utiliser Facebook m’indiffère complètement parce qu’il se trouve que ça n’est pas la compétence que je lui demande pour faire son job. Je mange les pâtes italiennes que je veux parce qu’on ne plaisante pas avec les pâtes et celles de toutes les autres marques disponibles dans mon supermarché sont impossibles à cuire al dente. Quant à l’intersectionnalité des luttes, ouais, c’est cool, mais comme objectif à atteindre ; pas comme critère pour désigner à la vindicte twittérienne les pauvres ignorants qui n’ont conscience que de n discriminations là où d’autres, si moralement supérieurs à coup sûr (voire irréprochables), en voient n+1.

Sans oublier toutes ces indignations récurrentes retweetées à l'infini et qui me font lever les bras au ciel de désespoir, soit que je maîtrise assez le sujet pour savoir que l’indigné, lui, n’y a rien compris ; soit que je ne connais pas le sujet mais je sais tout de même qu’il est trop complexe pour être résumé à un slogan de cent quarante caractères à la rhétorique grossière, pondu par un inconnu dont personne ne sait rien ni de la légitimité, ni de l’endroit d’où il parle.

En fait, Twitter est devenu beaucoup trop sérieux. Avant, j’aimais bien y aller pour raconter des conneries avec mes potes. Surtout dans la journée, pour me changer les idées entre deux galères au boulot (mes râleries professionnelles sur Twitter sont légendaires…) ou pour m’occuper quand je m’emmerdais en réunion. Ah, le plaisir d’être de mauvaise foi en sachant que non seulement personne ne relèvera mais qu’en plus, la plupart de mes followers abonderont dans mon sens !

Maintenant, quand je parcours ma timeline, j’y trouve encore plus de sujets de m’énerver que dans la vraie vie. À quoi bon fuir les militants LMPT qui me servent de collègues si c’est pour retrouver les mêmes sur le net. À quoi bon éviter de fréquenter des gens qu’on n’aime pas si c’est pour voir passer des dizaines de retweets de gens qu’on aime encore moins. À quoi bon essayer d’oublier la médiocrité de la vie politique si c’est pour voir s’étaler à longueur de web les déclarations idiotes du ministre Machin ou du député Bidule.

Un jour, j’en aurai vraiment marre et je ferai un bon gros ménage à coup de bouton unfollow. Rien de personnel. Ca sera juste une tentative de me restaurer une petite bulle d’internet sympa avec les copines et les copains, comme c'était avant.

Marches 2014

La question de savoir ce qu’est la gay pride se pose de façon de plus en plus sensible. À l’origine, il s’agissait d’un mouvement politique porteur de revendications d’égalité, de non-discrimination, de tolérance, etc. Il s’agissait également d’affirmer, en réaction à la répression tant policière que sociale, que l’homosexualité n’était pas une honte, d’où le nom de « pride ». Mais aujourd’hui ?

Sans compter les gens qui viennent juste pour faire la fête (dont beaucoup sont d’ailleurs hétéros), je pense que nous assistons à un conflit entre deux conceptions de la gay pride ; et ça transparait au travers d’un certain nombre d’incidents, qui se répètent, voire s’aggravent, marche après marche : la tentative d’expulsion du char de GayLib il y a quelques années à Paris, la scission de l’association chargée d’organiser la marche à Marseille, le conflit entre associations LGBT et féministes à Lyon, le blocage du char de Flag (l’association homosexuelle de la Police Nationale) à Toulouse…

D’un côté, il y a ceux qui pensent qu’il suffit d’être homo pour défiler à la gay pride. Après tout, être homo est difficile dans tous les milieux, on doit donc accepter les homos venant de tous les milieux. De plus, on ne peut pas prôner l’égalité des droits entre homos et hétéros si l’on établit soi-même une hiérarchie entre les « bons » et les « mauvais » homos, on ne peut pas prôner une société inclusive si l’on pratique soi-même l’exclusion.

D’un autre côté, il y a ceux qui pensent que défiler à la gay pride implique de supporter un certain nombre de valeurs politiques et d’en avoir fait la preuve. Pas de place pour le pink washing : il ne suffit pas de se revendiquer homophile, il faut aussi s’être illustré activement dans la lutte contre l’homophobie et pour l’égalité des droits. De là viennent les grincements de dent quand l’UMP envoie un char à la gay pride l’année où Sarkozy enterre toute avancée des droits des homos, ou quand le PS y débarque juste après avoir abandonné la PMA et le jour même où il annonce reculer face aux extrémistes sur les ABCD de l’égalité.

Quelqu’un sur twitter disait qu’avant deux ou trois ans, il y aurait un char FN à la gay pride. L’acceptera-t-on ? Un autre disait : et si l’armée se présente avec un char Panzer repeint en rose ? L’acceptera-t-on ? Ils n’ont pas tort. Jusqu’où faut-il ne pas respecter les droits de l’homme pour se faire exclure d’une manifestation dont le fondement politique est justement de faire avancer les droits de l’homme ? C’est la question posée par la participation de Flag. Ce sont des flics, des gens qui en rentrant du joyeux défilé arc-en-ciel prendront leur service et iront faire chier les arabes des cités ou expulser des étrangers à Roissy[1]. Certains ont trouvé que ça n’était pas compatible avec les valeurs historiques du militantisme LGBT, et je dois dire que je les comprends très bien.

J’ai l’impression que l’on se dirige de plus en plus vers une gay pride « bisounours » où on accepte tout le monde parce qu’on est des gentils homos tolérants. Chaque année j’y vois de moins en moins d’associations politiques (les Panthères Roses, les Dur-e-s à Queer, les Lesbiennes Radicales…) et de plus en plus d’associations festives et de partis conventionnels, aux revendications plus molles, plus consensuelles ; et de plus en plus de marques (Renault, SFR…) qui ne viennent là que pour s’offrir une façade gay friendly à bon compte. C’est dommage mais c’est aussi probablement un signe que la situation des homos en France s’est améliorée[2] au point que beaucoup estiment, à tort ou à raison, que la lutte n’est plus d’actualité.

Lobbying

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Le lobby LGBT a encore bien travaillé samedi soir ! Et ça n’a pas été facile, croyez-moi. D’habitude, le lobby se contente de faire nommer des homos à des postes de pouvoir. De la rigolade. Un peu d’entrisme dans les bons cercles et hop, on n’en parle plus. Cette fois-ci, il a quand même fallu persuader plusieurs dizaines de millions d’inconnus répartis dans trente-sept pays différents de tous voter pour Conchita !

Des mois qu’on est sur le coup, nous, les militants du lobby LGBT. Des mois qu’on se laisse pousser les cheveux et la barbe pour imprégner les esprits, qu’on s’entraîne à mettre de l’eye-liner sans déborder, qu’on fait du porte-à-porte pour convaincre, qu’on séduit, qu’on enrôle, qu’on suce des bites. Il a même fallu déployer des mesures coercitives sans précédent à l’encontre des récalcitrants : stages obligatoires de décoration intérieure, courses d’obstacles en platform shoes, tortures raffinées à base d’écoute intensive de la discographie de George Michael, séances d’hypnoses à la boule à facette…

Le plus épuisant, évidemment, c’était samedi soir. Si vous traîniez dans les rues à l’heure fatidique, vous avez sûrement croisé l’un ou l’autre d’entre nous, courant d’une maison à l’autre, le stéthoscope autour du cou pour écouter aux portes et vérifier qu’aucun dissident ne regardait autre chose que l’Eurovision, le scanner GSM à la main pour vérifier qu'aucun rebelle n’envoyait de SMS de vote pour la moustache des Twin Twin… Nous avons d’ailleurs partiellement échoué là-dessus, la France a fini par récolter deux points – France, two points. Personne n’est infaillible, que voulez-vous. Nous sommes partout, nos moyens sont gigantesques, mais pas illimités.

Franchement, la dictature LGBT, c’est du boulot. Après ces mois de lobbying, je suis é-pui-sé. Mais quelle satisfaction de voir se réaliser l’une après l’autre chaque étape de notre agenda secret pour la destruction des valeurs occidentales millénaires et la domination de l'univers par les invertis !

Start-up

Tous ces geeks devenus milliardaires après avoir lancé une application rigolote, ça fait rêver ! Le monde regorge de start-up fondées par des gens plus ou moins illuminés qui s’imaginent pouvoir renouveler le miracle de Snapchat, Facebook ou Twitter. Et pour réaliser leurs projets, ces gens cherchent des développeurs. Alors ils me contactent.

Telle cette entreprise qui propose un nouveau concept de navigateur web. Lorsqu’en entretien d’embauche j’ai émis des réserves sur l’intérêt et l’avenir du produit, étant donnés, primo, la concurrence bien installée et secundo, le peu de valeur ajoutée de leur concept, on m’a pris de haut, on m’a ri au nez, on m’a assuré que ma vision était celle d’un technicien et que je ne savais pas me mettre à la place du marketing. En attendant, plusieurs années plus tard, je surveille encore régulièrement leur site web et devinez quoi ? Du blabla et de grandes déclarations, plein ; mais de navigateur révolutionnaire, toujours point.

Ou encore cette entreprise qui assure avoir inventé un format d’image permettant d’obtenir des taux de compression incroyables, de l’ordre de plusieurs dizaines fois supérieurs au JPEG mais sans perte de qualité, rendez-vous compte du potentiel ! À mes questions théoriques sur le principe de la chose, on m’a opposé brevet et secret industriel. À ma demande de démonstration, on m’a répondu que le système n’était pas encore tout à fait prêt. À ma remarque qu’étant donné l’état de l’art en matière de compression, je ne croyais pas qu’une telle percée puisse venir d’autre part que du milieu universitaire, on m’a baratiné avec le mythe du geek génie solitaire. En attendant, plusieurs années plus tard, je surveille encore régulièrement leur site web et devinez quoi ? Du blabla et de grandes déclarations, plein ; mais de compresseur d’image révolutionnaire, toujours point.

Ou enfin l’entreprise où je travaille actuellement et qui propose un service certes novateur et intéressant, mais qui commet la double erreur d’un management ultra-autoritaire combiné à une ignorance totale du mode de fonctionnement d’une équipe de développeurs. Quatre-vingt dix pour cent des employés restent moins d’un an et partent en claquant la porte, ulcérés par l’inefficacité des méthodes de travail, les ordres contradictoires, l’absence de visibilité. Dans plusieurs années, je surveillerai leur site web et devinez quoi ? Je parie que j’y trouverai plein de blabla et de grandes déclarations ; mais d’application terminée, point.

Les homos du FN

Passe d’armes entre journaux de gauche à l’occasion de l’élection de Steeve Briois. D’un côté Libé qui publie un article assez insipide sur la question des homosexuels au FN, de l’autre les Inrocks qui hurlent à l’outing du maire, ce qui est inepte parce que l’outing en question date en réalité de plusieurs mois auparavant et qu’il a déjà fait l’objet de poursuites et d’un jugement, en défaveur de l’outé d’ailleurs.

Là-dessus intervient un troisième journaliste qui s’étonne que l’orientation sexuelle d’un maire soit une question politique et trouve archaïque qu’on juge l’action d’une personnalité à l’aune de son homosexualité, surtout quand on se prétend progressiste et qu’on écrit dans des journaux de gauche tels que Libé et les Inrocks. Ainsi, argumente-t-il en substance, la vie privée des hommes politiques ne regarde qu’eux et ne devrait avoir aucune importance.

Tout ceci appelle plusieurs remarques.

D’abord, sur le côté privé de l’homosexualité. Personne n’aurait l’idée de prétendre que l’orientation hétérosexuelle relève de la vie privée. L’hétéro-pride, c’est tous les jours : couples qui se tiennent par la main dans la rue ou qui se roulent des pelles sur les quais de gare, collègues qui mettent des photos de leur conjoint-e sur leur bureau ou qui racontent force anecdotes sur leur vie de couple, mariages de personnalités en première page des journaux people… Certaines orientations sexuelles seraient donc publiques et d’autres non ? Allons donc. Sauf à ne respecter aucune des conventions sociales communes et à sombrer dans la dissimulation paranoïaque, la personne avec laquelle vous vivez est visible ; son sexe aussi ; donc votre orientation sexuelle est publique. Quelle qu’elle soit. Point. Si vous n’êtes pas d’accord avec ça, retournez dans votre petit placard et ne venez pas nous casser les burnes pendant que nous travaillons à votre acceptation.

Ensuite, sur l’intérêt de la connaissance de l’homosexualité des hommes politiques. Il y a une différence fondamentale entre Bertrand Delanoë et Steeve Briois que ce journaliste fait semblant d’ignorer : le premier n’appartient pas à une formation politique qui développe une rhétorique anti-gay[1]. Et ça change tout. Parce que si l’on se fout effectivement de savoir avec qui couche le maire quand il décide des dates du prochain Paris Plage, l’information prend une toute autre saveur quand le maire décide de refuser de célébrer des mariages homos dans sa commune.

Il est toujours très instructif, essentiel même, de savoir d’où les gens parlent. Une blague juive n’a pas la même signification dans la bouche d’un Juif et dans celle d’un antisémite. Une déclaration raciste n’a pas la même signification dans la bouche d’un Blanc et dans celle d’un Noir. Une déclaration machiste n’a pas la même signification dans la bouche d’un homme et dans celle d’une femme. Il en va de même pour les déclarations contre les droits des homosexuels : elles prennent une autre dimension lorsqu’elles sont prononcées par un homo, un certain Blondinet Pour Tous en sait quelque chose. On pourrait citer aussi les légions de pasteurs américains activistes anti-LGBT qu’on a fini par prendre la main dans le sac une bite dans la bouche. C’est que l’homosexualité présente deux particularités : elle ne se voit pas sur la figure (qui est l’idiote au fond qui a dit si ?), ce qui autorise cette duplicité entre le discours et les actes ; et elle est dans certains milieux tellement haïe que des gens réussissent à la nier au point de s’identifier comme hétéro alors même qu’ils n’aiment rien mieux que d’avoir une bite dans le cul. La puissance de ce déni me fait même penser que sûrement, certains ne se rendent même pas compte que leur discours va à l’encontre de leurs propres intérêts.

C’est la raison pour laquelle l’orientation sexuelle des maires FN (et des députés UMP qui ont voté contre le mariage l’année dernière, voire des journalistes qui écrivent sur ces questions) est une information non seulement publique, mais même, de toute première importance. On parle de gens qui au mieux mentent ouvertement, au pire, qui ne se comprennent même pas eux-mêmes. Est-ce que ce n’est pas essentiel à savoir au moment de les élire et de leur confier des pouvoirs politiques ?

En tout cas, la justice a tranché : le jeune auteur qui a outé Steeve Briois l'année dernière dans un bouquin a été acquitté.

Faites entrer l'accusé

J’ai toujours pensé que Faites Entrer l’Accusé était une émission radiophonique qui avait par erreur échoué à la télévision. Il n’y a jamais rien à montrer, dans ce programme, puisque par définition, on ne possède pas d’images du crime en train d’être commis ou d’interview de la victime ; tout au plus possède-t-on quelques extraits du journal télévisé de l’époque, quelques photos de famille, voire dans le meilleur des cas, quelques vagues images floues surprises par une caméra de vidéo-surveillance.

L’essentiel de l’émission se passe donc à l’oral : interview des proches, des témoins ou des enquêteurs, narration de l’animateur ou de l’animatrice, discussion avec les experts… Tout le reste n’est qu’illustration laborieuse, le plus souvent au premier degré. L’assassin a utilisé un couteau ? Gros plan sur un couteau. La victime perd conscience ? Image qui vacille et caméra subjective qui tombe au ras du plancher. L’assassin s’est nuitamment enfui en voiture ? Route qui défile dans les faisceaux des phares. La susdite voiture a été aperçue dans une station service ? Travelling sur une pompe à essence. L’assassin habite à Jouy-lès-Sylvettes ? Plan fixe sur le panneau routier de Jouy-lès-Sylvettes.

Du coup j’ai tendance à regarder cette émission comme j’écoute une émission de radio, affalé sur le canapé sans regarder l’écran. Surtout que Christophe Hondelatte et Frédérique Lantieri ont une déclamation radiophonique fort agréable, bien éloignée de l'insupportable ton journalistique habituel. Mais évidemment, affalé sur le canapé à fixer le plafond… à rêvasser… un dimanche soir… dans la pénombre… bercé par une belle voix qui me raconte une belle histoire… je m’endors comme une masse au bout d’une demi-heure.

Vous n’imaginez pas le nombre d’affaires criminelles passionnantes dont je ne connais pas le dénouement. Vous n’imaginez pas à quel point l’apparition du replay de France 2 a changé ma vie.

De la prison

Un meurtrier (pas de nom, je n’aime pas trop les recherches Google) vient d’être condamné à la peine la plus lourde prévue par le Code Pénal : la perpétuité assortie de trente ans incompressibles. Ça n’a aucun sens. La prison telle qu’elle existe actuellement n’a aucun sens. Il faut abolir notre système carcéral.

Trente ans de réclusion incompressible, ça veut dire trente ans à obéir à des ordres idiots, contradictoires, humiliants, absolument tous les jours. Trente ans à demander la permission pour tout, envoyer une lettre, recevoir un coup de fil, travailler, ne pas travailler, lire un bouquin, acheter des clopes, regarder la télé, aller pisser. Trente ans à subir une fouille anale aussi souvent qu’un gardien le jugera utile. Trente ans à prendre sa douche devant tout le monde. Trente ans à vivre dans une cellule de quelques mètres carrés sans la moindre intimité. Trente ans sans voir ses proches. Trente ans sans sexualité épanouie. Trente ans à survivre au milieu d’autres mecs désespérés, psychotiques, violents. Trente ans sans surprise, sans beauté, sans projet, sans espoir. L’espoir fait vivre, c’est justement pour ça que les détenus en sont privés.

À quoi ça sert ? Quel est le sens de tout cela ? N’importe quel ancien taulard raconte que personne ne survit psychologiquement à une peine de plus de cinq ans. Un quart des détenus actuellement en prison souffrent de troubles psychiatriques graves. Comment pourrait-il en être autrement ? La plupart d’entre nous ne supportent que difficilement quelques jours d’enfermement, par exemple à l’occasion d’une hospitalisation ; comment voulez-vous survivre à trois décennies de déshumanisation, d’humiliations quotidiennes, de désinsertion sociale complète ? Lisez les témoignages de ceux qui sont passés par la prison (en tant que détenu ou en tant que personnel pénitentiaire, peu importe, leur dires concordent). C’est édifiant. Certains détenus vont même jusqu’à réclamer la peine de mort, parce qu’ils l’estiment plus humaine.

Les sociologues, les matons, l’administration, le ministère de la Justice, tout le monde sait que le taux de récidive augmente avec la durée de la peine. C’est normal : les longues peines fabriquent des fous, des psychotiques, des paranoïaques, des gens qui une fois remis en liberté n’ont pas la moindre chance de réinsertion. La réalité, c’est que si on raccourcissait à l’instant les peines de l’ensemble des détenus de France, le taux de récidive criminelle (déjà extrêmement bas, environ 0,5 % pour les homicides par exemple) chuteraient encore dans les années à venir. La réalité, c’est que moins les détenus ont d’espoir, plus ils s’engagent dans des comportements violents à l’égard des autres et d’eux-mêmes : suicides, mutineries, prises d’otage du personnel pénitentiaire, etc. Pourtant, les peines sont de plus en plus longues, de plus en plus dures. En fait, les politiques font exactement le contraire ce qu’il faudrait pour diminuer la récidive ; tout en prétendant améliorer notre sécurité.

La prison poursuit trois objectifs : punir, surveiller, réinsérer. Punir, je crois que c’est parfaitement réussi, au-delà de tout ce qu’il est possible d’imaginer. Surveiller, ça marche plutôt bien, on s’évade très peu. D’ailleurs, Michel Foucault rappelle que la surveillance constante, omniprésente, jusque dans l’intimité, fait justement partie de la punition. Mais c’est au niveau de la réinsertion que cela ne fonctionne pas. L’ensemble des processus à l’œuvre en prison servent à détruire les individus, on ne voit pas bien comment ils pourraient en sortir réinsérés. Certes il est possible de faire des études derrière les barreaux, mais ça sert moins à se garantir un avenir à la sortie qu’à s’occuper l’esprit sur le moment : une licence de lettres, surtout passée en détention, n’a pas grande valeur sur le marché du travail…

Certains avancent que la prison doit également servir à protéger la société des criminels. Ils oublient d’une part que la majeure partie des criminels le sont par accident et n’ont pas l’intention de récidiver. Il n’y a donc aucune raison de vouloir en protéger la société. Mais ils oublient surtout que les peines ont une durée finie. Globalement, sur une période donnée, il y a autant de gens qui sortent de prison que de gens qui y entrent. C’est mathématique. Il n’y a donc aucune mise à l’écart des criminels : ceux qui sont enfermés aujourd’hui sont remplacés dans nos rues par ceux qui sortent et qu’on avaient enfermés dix ou quinze ans plus tôt – et qui sont donc entretemps devenus plus dangereux que si on ne les avait jamais enfermés.

La prison n’est pas une peine équitable. La loi établit parfaitement la gradation des peines et fixe un prix à payer pour chaque crime (il y aurait beaucoup à écrire sur cette économie des peines et la façon dont elle reflète les peurs de notre société). Mais lorsqu’un juge condamne à une peine de prison, cette même peine aura des effets très différents selon les individus. Certains s’en sortiront bien, d’autres moins bien. Certains seront enfermés dans des prisons modernes, d’autres se retrouveront aux Baumettes parmi les rats et les cafards. Certains seront soutenus, parce que le hasard de l’administration pénitentiaire les aura fait enfermer dans une ville où des proches viendront les visiter, tandis que d’autres se retrouveront à des centaines de kilomètres de leur famille et ne recevront aucune visite. Certains seront quittés par leur compagne ou leur compagnon, d’autres non. Certains conserveront leur emploi, d’autres le perdront. Certains purgeront une peine tranquille, d’autres seront tabassés ou violés par les autres détenus. Certains survivront, d’autres se suicideront, ou deviendront juste complètement fous. Où est la justice, lorsque deux condamnés n’endurent pas la même peine en punition d’un crime identique ? Et puis le détenu n’est pas le seul puni, ses parents, ses enfants, ses amis le sont également. Où est la justice lorsque la peine frappe également l’entourage du criminel qui a priori n’a rien fait de répréhensible ?

Et d’abord, pourquoi punir ? Historiquement, le pouvoir judiciaire a pour but de mettre fin aux vengeances privées, ce qui est une bonne chose. L’État garantit autant que faire se peut un traitement équitable à tous les justiciables, notamment le droit à un procès. Les peines sont fixées à l’avance, elles sont mesurées et proportionnées au crime commis. C’est un réel progrès sur les vengeances privées, souvent injustes, arbitraires, disproportionnées, qui dégénèrent facilement en guerres de clans. Punir possèderait également une vertu dissuasive, une valeur d’exemplarité. C’est sans doute vrai en matière de délit (la fameuse peur du gendarme sur la route par exemple), mais je n’y crois pas une seconde en matière criminelle. On n’a jamais vu un assassin se retenir de passer à l’acte par crainte de la peine de mort ou par crainte de la prison à perpétuité. Comme disait Badinter, parmi la foule qui acclamait la condamnation à mort de Buffet et Bontems devant le Tribunal de Troyes, se trouvait le jeune Patrick Henry.

Punir, c’est infliger du mal. Une personne a fait du mal, donc on va lui faire du mal en retour. Qu’en ressort-il ? Rien. Un sentiment d’apaisement pour les victimes ? Parfois oui, le plus souvent, non. On a juste ajouté du mal à du mal. La violence engendre la violence, comment s’étonner dès lors que les punitions les plus sévères engendrent les taux de récidive les plus élevés. On dit souvent que les États-Unis ont un système judiciaire très dur parce qu’ils doivent lutter contre une criminalité très élevée ; je me suis toujours demandé si dans ce raisonnement, on n’inversait pas (au moins en partie) la cause et la conséquence, si cette criminalité élevée n’était pas justement une réponse de la société à la violence et à l’intransigeance du pouvoir, si ce n’était pas le flicage excessif qui conduisait justement à plus de rébellion.

Le contrat social veut que les citoyens abandonnent à l’État certaines de leurs prérogatives, comme le droit de se faire justice et qu’en retour, l’État leur garantisse la sécurité. Si un individu commet une agression, c’est que l’État a failli à sa mission de sécurité. Et comment répare-t-il cette faillite ? En punissant le coupable, c’est-à-dire en commettant une seconde agression. Il y a sûrement des gens qui trouvent ça logique. Moi pas. Une personne a été retranchée à la vie, son entourage est traumatisé, c’est un drame ; et la réponse de la société consiste à retrancher une autre personne à la vie, à traumatiser encore plus de personnes, à créer un drame encore plus grand. Je ne vois pas très bien ce qu’il peut en sortir de bon ou en quoi cela va améliorer la société.

Il faut changer de paradigme. Le mal ne répare pas le mal, il l’aggrave. Le bien répare le mal – du moins en partie. On peut imaginer tout un tas de peines alternatives : des travaux d’intérêt général ou des travaux pédagogiques, par exemple. Faire travailler des auteurs de délits routiers dans un service hospitalier accueillant des grands blessés a donné de très bons résultats en terme de prévention de la récidive et d’amélioration des comportements au volant. Les travaux d’intérêt général ont été introduits en France dans les années 1980 parce qu’ils avaient donné d’excellents résultats au Québec. Le bracelet électronique permet de restreindre la liberté d’un condamné sans le désinsérer socialement. Il y aurait aussi beaucoup à réfléchir sur la psychiatrie en France, tant sur le plan préventif que pénal : pourquoi la maladie mentale est-elle autant sous-diagnostiquée, pourquoi des criminels manifestement fous sont-ils malgré tout déclarés responsables, pourquoi y a-t-il si peu de moyens pour suivre les malades une fois qu’ils sont condamnés ? Et bien sûr, il y aurait tellement à dire sur la prévention.

On pourra m’objecter que si j’étais moi-même victime d’un crime, je souhaiterais la punition la plus dure qui soit pour son auteur. Oui bien sûr, sans doute. Mais ce n’est pas parce que je souhaite me venger que la société est fondée à assouvir mon désir. Au contraire, même. L’État a tout intérêt à assurer la paix sociale, et c’est justement en garantissant des procès équitables et des peines bien codifiées qu’il y parvient. On pourra m’objecter que des peines d’apparence trop douces inciteront justement les victimes à se faire justice elles-mêmes. C’est possible, mais cela relève moins de l’institution judiciaire que des élus qui depuis des années surfent sur la vague sécuritaire, faisant croire à tort qu’une justice plus dure est la solution universelle à tous les problèmes. Là aussi, il faudrait changer de paradigme : avoir des politiciens éclairés qui expliquent leurs choix avec pédagogie, plutôt que des politiciens populistes, ignorants, voire les deux à la fois.

Bien sûr, on ne supprimera jamais complètement les peines d’enfermement. Elles sont nécessaires, par exemple lorsqu’il y a urgence à mettre fin à un trouble, pour éviter qu’un prévenu ne fuie et ne se soustraie à la justice, pour éviter qu’il communique avec ses complices afin de forger de faux alibis ou de trafiquer des preuves, etc. Mais l’enfermement doit rester l’exception, non la règle, et il doit être pratiqué dans le seul et unique but de restreindre la liberté, non dans le but d’humilier, de désocialiser, de détruire. C’est tout le sens de la réforme Taubira et si je suis certain que c’est une bonne réforme, au-delà de ce qui précède, c’est que c’est ainsi que fonctionne la justice dans les pays nordiques et il ne me semble pas que ces pays soient des zones de non-droit à la délinquance explosive.

Hélas, je suis pessimiste sur les chances qu’elle a de voir le jour à court terme. C’est qu’une telle réforme ne nécessite pas seulement de changer la loi ; elle nécessite aussi de changer les mentalités. Et ces dernières ont une inertie bien plus grande que les textes législatifs.

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