J’veux du queer

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La plupart des gens ne réalisent pas à quel point la vie est difficile trois cent soixante quatre jours par an pour certains homosexuels et transsexuels : ceux chez qui cela se voit.

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Ils ignorent ce que c’est que de se faire traiter de pédale tous les soirs en traversant sa cité pour rentrer chez soi. Ils ignorent ce que c’est que de se forcer à prendre une voix grave et à contrôler ses gestes quand on doit adresser la parole tard le soir à des mecs dans un train de banlieue. Ils ignorent ce que c’est que de juste effleurer son copain sur le quai d’une gare, alors qu’autour, tous les autres couples se roulent des pelles. Ils ignorent ce que c’est que ces discussions entre collègues, anecdotes de la vie de couple, souvenirs de vacances, d’où l’on se tient en retrait par peur d’en révéler trop.

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Bien sûr, les choses changent. On sort du placard. Mais pas tant que ça. On sélectionne. Tel collègue, tel ami, tel membre de la famille, on n’a pas peur, on est à l’aise, on ne s’embarrasse pas de précautions. Mais avec tel collègue qui cumule les sorties bien grasses sur les pédés, avec tel ami qu’on sait issu d’un milieu classiquement peu ouvert, avec tel membre de la famille qu’on connait pour ses idées ultra-réacs, on se méfie – le plus souvent pour rien, mais comment savoir à l’avance ? L’enjeu est trop grand. À la clef, c’est votre lieu de travail qui devient un enfer au quotidien ou votre famille qui vous rejette.

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La gay pride, avant tout, c’est ça : un formidable espace de liberté qui n’existe pas les autres jours de l’année. Un jour où la grande folle peut faire sa grande folle sans aucun risque, un jour où les garçons et les filles peuvent se rouler des pelles en pleine rue devant tout le monde, un jour où personne n’a pas besoin de falsifier qui il est.

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Les pédés qui trouvent que la gay pride donne une mauvaise image de l’homosexualité m’emmerdent. Il ne comprennent pas que le but de la gay pride est justement de dénoncer les carcans normatifs, de montrer l’infinie variété des styles de vie possible, et surtout, de dire que le style de vie des uns ne menace pas le style de vie des autres.

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Le problème n’est pas que l’homosexualité ait ou pas une bonne image. Le problème est qu’il se trouve des gens pour avoir un avis définitif sur ce qui a ou n’a pas une bonne image, autrement dit, qu’il se trouve des gens pour avoir une vision normative des autres. Et je trouve tout de même très triste que parmi ceux-là se trouvent autant de pédés.

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La réalité, c’est que loin de donner une mauvaise image, la gay pride a ces quinze dernières années complètement banalisé l’homosexualité. Lors de ces dernières prides, j’ai remarqué une nouveauté : parmi les marcheurs, il y a de plus en plus d’adolescents en couple hétéro. Ils ne sont probablement pas là pour la revendication politique ou pour le soutien à notre cause, à quinze ans, ça leur passe sûrement assez loin au-dessus de la tête. Non, ils sont là parce qu’il y a de la bonne musique, qu’on fait la fête, qu’on s’amuse, que tout ce joyeux bordel a une image un peu rebelle attirante.

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Mais peu importe. Ce qui compte, c’est que tous ces jeunes hétéros sont là au milieu des pédés, des grandes folles, des queers, des freaks, des drag queens en platform shoes, et qu’ils s’y sentent bien. C’est un signe qui veut dire que leur génération, celle qui vient, sera beaucoup plus tolérante que la nôtre.