Petit manuel de gayrilla (1)

D’ici l’automne, le PS devrait enfin ouvrir le droit au mariage pour tous. Il y a fort à parier que comme à l’époque du PaCS en 1999, cela déclenchera bon nombre de débats publics durant lesquels on entendra bon nombre de conneries. C’est le moment idéal pour reprendre la gayrilla !

Je rappelle le principe : il s’agit de démonter les idées reçues et les pseudo-arguments régulièrement entendus sur la question de l’homosexualité. Je mélangerai dans cette rubrique des inédits et divers textes déjà publiés ici et là depuis 2003.

L'homosexualité est anormale. L'homosexualité est une déviance.

Cette affirmation, fréquemment entendue, est piégée. Étymologiquement parlant, anormal signifie « différent de la norme » et il est vrai que du point de vue du nombre de pratiquants, l’homosexualité, minoritaire, dévie effectivement de la norme hétérosexuelle, majoritaire. On est dans le domaine factuel. Mais dans le langage courant, anormal est également synonyme de dysfonctionnement. C’est un mot porteur d’une connotation négative. On passe alors dans le domaine du jugement de valeur. Utiliser ainsi un mot porteur d’un double sens pour produire un raisonnement fallacieux, en l’occurrence pour faire passer pour une vérité objective ce qui n’est qu’un jugement de valeur subjectif, est un procédé rhétorique courant.

Le piège est facile à déjouer : il suffit de rappeler que tout ce qui est minoritaire n’est pas forcément dysfonctionnel et que tout ce qui diffère de la norme n’est pas forcément pathologique. Par exemple : être gaucher (seulement 10 % de la population mondiale), être roux (seulement 5 % de la population française), observer scrupuleusement les rites de l'Église Catholique (seulement 4,5 % de la population française en 2009, soit probablement moins que le nombre d’homosexuels…).

Par ailleurs, il faut garder à l’esprit que la sexualité humaine est incroyablement diversifiée. Considérons par exemple la fréquence des rapports sexuels chez les couples mariés. La moyenne est de deux rapports par semaine en France, mais derrière ce chiffre se cache en réalité une très grande disparité qui va de plusieurs rapports par jour à moins d’un rapport par mois. En fait, la variabilité est si grande que paradoxalement, le nombre de couples qui sont exactement dans la norme, c'est-à-dire qui ont exactement deux rapports par semaine, sont minoritaires. Une moyenne censée caractériser la sexualité des couples mais qui ne reflète qu'une minorité des pratiques : on voit ici les limites du concept de norme.

Les homosexuels sont malades.

L'homosexualité n'est plus considérée comme une maladie par l'American Psychiatrist Association depuis 1974. Elle a été retirée du Diagnostic and Statistical Manual, un manuel de psychiatrie qui fait référence, en 1985. Enfin, l'Organisation Mondiale de la Santé l'a rayée de ses listes en 1992. Tout cela n'est pas le résultat de pressions politiques d'un quelconque lobby gay sur les instances médicales, comme on peut le lire souvent, mais juste la conséquence logique de plusieurs expérimentations scientifiques, dont la première mérite d'être contée.

En 1957, tout le corps médical tient pour acquis le fait que l'homosexualité est une pathologie mentale. Evelyn Hooker, une jeune psychologue de l'UCLA, en doute : elle compte plusieurs amis homosexuels parmi ses relations et peine à déceler chez eux le moindre trouble du comportement. Elle décide donc de monter une expérience pour le vérifier. Elle constitue un groupe de soixante personnes mêlant aussi bien homosexuels qu'hétérosexuels et anonymement, fait passer à tous des tests de personnalité classiques : le Rorschach (les fameuses taches d'encre), le MAPS (construire une histoire à partir d'une image) et quelques autres. Puis elle transmet les soixante dossiers à trois de ses collègues experts psychologues, les mettant au défi de déterminer, sur la base de ces tests, qui est hétéro et qui est homo.

Le premier expert, Bruno Klopfer, spécialiste du Rorschach, n'y parvient pas. Le second expert, Edwin Schneidman, créateur du test MAPS, n'y parvient pas non plus. Le dernier expert, Mortimer Mayer, est si étonné de ne pas y parvenir non plus qu'il refait toute l'expérience une seconde fois. Peine perdue, il échoue également à diagnostiquer l'homosexualité au travers des tests de personnalité. Evelyn Hooker en déduit qu'il n'y a en moyenne aucune différence significative entre la personnalité d'un hétéro et la personnalité d'un homo (cf. Evelyn Hooker, « The adjustment of the male overt homosexual », Journal of projective techniques, XXI 1957, pp. 18-31). D'autres travaux menés à la suite de cette étude finiront par emporter la conviction des psychiatres que la prévalence des troubles mentaux n'est pas plus élevée chez les homosexuels que chez les hétérosexuels, et que le simple fait de préférer des partenaires du même sexe n'est finalement qu'une simple affaire de goût, sans influence négative ou positive par ailleurs sur les structures mentales des individus.