Astro Center TV

C’est sur le canal 195 que la Freebox dissimule une de ses plus belles merveilles, j’ai nommé : la chaîne Astro Center TV. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept, des consultations de voyances et des prévisions astrologiques alternent avec des émissions où l’on décortique le thème astral des célébrités. Intérêt ? Nul. Pouvoir hypnotisant ? Maximal.

Toutes les consultations suivent le même schéma. L’intervenant, généralement habillé dans les tons gris pour être raccord avec la très stricte charte graphique de la chaîne, se présente. Il explique sa spécialité (tarots, astrologie, médium, spirite, radiesthésiste, charlatanisme…), donne le code qu’il faut composer sur son téléphone pour le contacter, rappelle que les dix premières minutes sont gratuites. Puis il prend un auditeur en ligne et la consultation commence.

Et là, pendant toute la durée de l’entretien, le puissant astrologue enfile les généralités comme des perles ; va à la pêche aux informations si grossièrement qu’on ne comprend même pas comment le client à l’autre bout du fil ne s’en rend pas compte ; puis ressort ces mêmes informations comme si elles venaient de lui être miraculeusement révélées par les cartes ou par les astres. Énorme. De l’authentique plumage de pigeons, en direct et en continu.

Mais là où on confine au sublime, c’est avec le petit speech de présentation récité ânonné par chaque voyant avant sa consultation. Il est le même pour tous et tous le débitent consciencieusement sans en changer un mot. Or, il contient un barbarisme, une monstruosité grammaticale, une hérésie syntaxique, une ode à l'analphabétisme à faire péter une veinule dans l’occiput d’un Maître Cappello : un conditionnel après un si. Dix à quinze fois par heure, du matin au soir, trois cent soixante-cinq jours par an, la même bourde inlassablement répétée.  « Si vous aussi vous aimeriez me contacter, composez le XXXX sur votre téléphone. » 

Au début de chaque consultation, je frémis, je guette la faute, celui-là va-t-il lire bêtement son prompteur comme tous les autres, ou bien va-t-il réfléchir, s’apercevoir qu’on lui fait dire n’importe quoi et corriger son texte ? Suspense, angoisse, tension maximale, je suis à deux doigts de l’orgasme ! Mon Dieu que c’est bon. Et presque à chaque fois, le voyant commet l’irréparable boulette. Il ne réfléchit pas.  « Si vous aussi vous aimeriez. » 

En même temps, hein, c’est un voyant. Ce n’est pas comme si on s’attendait à ce qu’il réfléchisse.