La Part Des Anges

J’ai toujours eu un faible pour le cinéma social anglais, avec des films comme The Full Monty, Brassed Off, Billy Elliot ou même Get Real. Impossible donc de passer à côté de The Angels’ Share, le dernier Ken Loach.

C’est l’histoire d’une bande de paumés condamnés à quelques heures de travaux d’intérêt généraux suite à des conneries mineures. L’une est kleptomane, l’autre tellement idiot qu’il se laisse toujours embarquer dans des coups minables, un autre a des problèmes de comportement violent – principalement en réaction à sa belle-famille qui le traite comme une merde et ne rate pas une occasion de lui casser la gueule. Tout ce beau monde fait la connaissance d’un vieil éducateur qui va tenter de les réinsérer en les initiant au monde du whisky.

Le scénario est cousu de fil blanc, les choses se mettent en place de façon si évidente qu’on en devine l’issue dès la moitié du film. Mais ça n’est pas très grave, on passe un bon moment entre les frasques de cette petite bande, l’anglais mâtiné de scots qu’ils parlent, les dégustations de whisky, la visite des bas fonds de Glasgow ou celle d’une distillerie des Highlands.

Contrairement au cinéma américain, tout n’est pas tout noir ou tout blanc. Pas de lutte du Bien contre le Mal, pas de rédemption par la souffrance. Au contraire, si nos amis s’en sortent, c’est plutôt par l’alcool et en ne faisant pas que des choses légales. Et les acteurs n’ont pas tous des tronches à faire la une des magazines de mode. Ce qui ressemble assez à la vraie vie, finalement, et c’est ça qui me plaît bien.

La grosse frustration, en revanche, c’est de voir et d’entendre parler de whisky pendant une heure trente sans en avoir sous la main. Du coup, je me suis rué sur une bonne bouteille en sortant du cinéma…

Fête Nationale

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Ablutions

Nous avons dans notre nouvelle maison une salle de bain absolument magnifique. La douche est spacieuse, avec une marche pour s’asseoir et une étagère pour aligner les produits de beauté. Les murs sont vert jade, le carrelage est un joli damier vert et blanc, il y a des frises de galets au mur et des poissons rouges sur la porte de douche. La pression est bonne, on peut choisir entre quatre jets différents, un thermomètre donne la température de l’eau. Il ne se passe pas un matin sans que je nous félicite d’avoir dessiné et bâti une salle de bain aussi agréable.

Hélas, partout ailleurs dans le monde et notamment dans les hôtels, campings et autres lieux de vacances, les salles de bains semblent avoir été conçues par le diable en personne.

Il y a les pommeaux de douche fixés au mur de façon inamovible et leur contraire, les pommeaux de douche impossibles à faire tenir au mur. Avec les premiers, l’eau ne pouvant tomber que du dessus de votre tête, il est impossible de se rincer correctement l’entre-jambe. Avec les seconds, comme vous avez toujours une main prise pour tenir le machin, il ne vous en reste plus qu’une seule pour vous savonner. Variante assez sadique : les douches où le pommeau ne tient sur son support mural que dans une position telle que l’eau ne vous tombe pas dessus mais arrose le mur.

Il y a les cabines munies d’un rideau. Je ne crois pas qu’il existe de sensation plus désagréable au monde que celle du rideau de douche en plastique froid et mouillé qui vient se coller à votre peau. Il y a aussi les cabines munies d’une porte qui ferme mal, ou bien tout simplement démunies de tout moyen de fermeture ; et c’est la peur incessante du dégât des eaux qui vous gâche le plaisir de la douche.

Il y a les douches non thermostatées, où vous passez votre temps à lutter contre ces foutus robinets qui ne proposent que deux réglages : froid polaire ou lave en fusion. Mention spéciale pour les chauffe-eau à gaz, que les allumages et extinctions aussi intempestifs qu’aléatoires transforment en de remarquables pourvoyeurs de douches écossaises.

Il y a les douches asthmatiques qui ne déversent leur eau qu’avec une telle parcimonie, mince filet ou goutte-à-goutte, que le rinçage de votre abondante chevelure devient un authentique calvaire. Pour peu que l’eau soit pauvre en calcaire, le calvaire devient supplice : le shampoing mousse plus que d’habitude tout en étant encore plus difficile à rincer.

Quant à la plomberie anglaise, ma fréquentation des hôtels, Bed & Breakfast et autres Guest House dans les campagnes de l’autre côté du Channel m’a apprit depuis longtemps qu’elle pouvait cumuler tous ces problèmes à la fois, ce qui est une sorte de performance tout à fait remarquable.

Je comprends bien l’objectif des tenanciers d’établissements. Si les douches étaient agréables dans les hôtels, leur consommation d’eau s’en verrait probablement doublée, ce qui ne serait ni économique, ni écologique. Mais tout de même, ces problèmes aquatiques, ça me gâche un peu les vacances à chaque fois.

(Mise à jour : cette petite planche signalée par un aimable lecteur illustre à merveille ce billet !)

Cathédrale de Rouen

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La changement, c'est pas maintenant

Plus que les expulsions elles-mêmes, ce qui m’avait énormément choqué sous les ères Hortefeux, Besson et Guéant, c’est que l’administration française mentait, falsifiait des documents, piégeait des usagers, pour atteindre le quota d’expulsion d'étrangers fixé par le gouvernement. Documents signés à la photocopieuse ou par une personne non habilitée, procédures non respectées puis mensonges devant le tribunal administratif pour nier ces non-respects de procédure, arrestations illégales (par exemple au sein même du service de préfecture où l’usager avait été convoqué : un traquenard déclaré illégal par plusieurs juridictions), droits d’asile refusés en dépit du bon sens, mépris des condamnations de la CEDH… Lisez les blogs d’avocat, les journaux, les témoignages : c’est édifiant.

Que l’administration en vienne à mentir pour piéger ses citoyens est à mon sens la chose la plus terrifiante qui soit. C’est un pas vers l’arbitraire, un pas vers un système où personne ne peut se défendre puisque la législation est appliquée à la tête du client, un système où personne ne peut prouver sa bonne foi puisque l’État lui-même est de mauvaise foi. C’est l’univers de 1984, l’univers des films de Costa-Gavras, c’est un pas vers l’abandon du droit, un pas (timide certes, mais un pas quand même) vers la dictature.

Je suis abonné à diverses mailing-list d’associations humanitaires. Si j’en crois les informations que je reçois par ce biais, rien n’a changé.

Manuel Valls, François Hollande, vous foutez quoi ? Ne venez pas me dire qu’il faut du temps pour signer les décrets ou voter les lois, il n’y a pas besoin de loi ou de décret ici. Il faut juste envoyer une circulaire aux préfets pour leur dire d’arrêter de faire du zèle et de recommencer à respecter la loi française. Ca ne doit pas être bien compliqué, non ?

J’veux du queer

La plupart des gens ne réalisent pas à quel point la vie est difficile trois cent soixante quatre jours par an pour certains homosexuels et transsexuels : ceux chez qui cela se voit.

Ils ignorent ce que c’est que de se faire traiter de pédale tous les soirs en traversant sa cité pour rentrer chez soi. Ils ignorent ce que c’est que de se forcer à prendre une voix grave et à contrôler ses gestes quand on doit adresser la parole tard le soir à des mecs dans un train de banlieue. Ils ignorent ce que c’est que de juste effleurer son copain sur le quai d’une gare, alors qu’autour, tous les autres couples se roulent des pelles. Ils ignorent ce que c’est que ces discussions entre collègues, anecdotes de la vie de couple, souvenirs de vacances, d’où l’on se tient en retrait par peur d’en révéler trop.

Bien sûr, les choses changent. On sort du placard. Mais pas tant que ça. On sélectionne. Tel collègue, tel ami, tel membre de la famille, on n’a pas peur, on est à l’aise, on ne s’embarrasse pas de précautions. Mais avec tel collègue qui cumule les sorties bien grasses sur les pédés, avec tel ami qu’on sait issu d’un milieu classiquement peu ouvert, avec tel membre de la famille qu’on connait pour ses idées ultra-réacs, on se méfie – le plus souvent pour rien, mais comment savoir à l’avance ? L’enjeu est trop grand. À la clef, c’est votre lieu de travail qui devient un enfer au quotidien ou votre famille qui vous rejette.

La gay pride, avant tout, c’est ça : un formidable espace de liberté qui n’existe pas les autres jours de l’année. Un jour où la grande folle peut faire sa grande folle sans aucun risque, un jour où les garçons et les filles peuvent se rouler des pelles en pleine rue devant tout le monde, un jour où personne n’a pas besoin de falsifier qui il est.

Les pédés qui trouvent que la gay pride donne une mauvaise image de l’homosexualité m’emmerdent. Il ne comprennent pas que le but de la gay pride est justement de dénoncer les carcans normatifs, de montrer l’infinie variété des styles de vie possible, et surtout, de dire que le style de vie des uns ne menace pas le style de vie des autres.

Le problème n’est pas que l’homosexualité ait ou pas une bonne image. Le problème est qu’il se trouve des gens pour avoir un avis définitif sur ce qui a ou n’a pas une bonne image, autrement dit, qu’il se trouve des gens pour avoir une vision normative des autres. Et je trouve tout de même très triste que parmi ceux-là se trouvent autant de pédés.

La réalité, c’est que loin de donner une mauvaise image, la gay pride a ces quinze dernières années complètement banalisé l’homosexualité. Lors de ces dernières prides, j’ai remarqué une nouveauté : parmi les marcheurs, il y a de plus en plus d’adolescents en couple hétéro. Ils ne sont probablement pas là pour la revendication politique ou pour le soutien à notre cause, à quinze ans, ça leur passe sûrement assez loin au-dessus de la tête. Non, ils sont là parce qu’il y a de la bonne musique, qu’on fait la fête, qu’on s’amuse, que tout ce joyeux bordel a une image un peu rebelle attirante.

Mais peu importe. Ce qui compte, c’est que tous ces jeunes hétéros sont là au milieu des pédés, des grandes folles, des queers, des freaks, des drag queens en platform shoes, et qu’ils s’y sentent bien. C’est un signe qui veut dire que leur génération, celle qui vient, sera beaucoup plus tolérante que la nôtre.

Le Redoutable

Quelle que soit la direction où l’on tourne le regard, ce ne sont que tuyaux, conduites, câbles électriques, manettes, vannes et manomètres. Comment a-t-on pu assembler un engin pareil sans se tromper ? Tous les fils sont de la même couleur !

Comment les gens qui pilotent cette machine arrivent-ils à la maitriser, à savoir que pour faire telle opération, il faut ouvrir ou fermer telle vanne qui se trouve à tel endroit dans telle coursive, parmi les milliers de vannes qui existent ? Ca dépasse mon entendement.

Il y a là de de la vapeur sous pression, des conduites hydrauliques, des conduites d’air comprimé, des conduites d’eau de mer, des conduites d’eau douce, de l’électricité haute tension, de l’électricité basse tension. Bref, tout ce qui peut passer par un tuyau.

Dans la salle de lancement des missiles, un système de transmission d’ordre sécurisé avec les algorithmes de cryptage les plus puissants de l’époque, côtoie le système de communication le plus primitif qui soit : un tuyau en cuivre avec un pavillon de trompette à chaque bout. De même, sur la passerelle, une centrale inertielle dernier cri avec son gyroscope sur trois axes côtoie un bête fil à plomb pendu au mur.

Ce devait tout de même être un grand malade, le type qui a eu l’idée d’enfermer dans un espace aussi réduit une centrale nucléaire, une turbine à vapeur, des alternateurs, des moteurs électriques, des compresseurs en tous genres, quelques diesels de secours, une usine de retraitement des déchets, des tonnes d’explosif, seize missiles et pas mal de torpilles, un bloc chirurgical, une cuisine de collectivité avec des vivres pour soixante-dix jours, les ordinateurs les plus puissants du moment… Et une centaine de jeunes garçons pour faire fonctionner tout ça.

Où que l’on porte le regard, l’horizon n’est jamais plus loin que quelques mètres. Il parait que l’œil et le cerveau s’adaptent. Et que c’est le retour à terre, qui est le plus difficile.

Le perroquet de l'alchimiste

(Mise à jour : ajout de quelques notes de bas de page pour éclaircir les chiffres.)

Je suis très partagé sur le sujet de l’ouverture du don du sang aux homos. On va un peu vite à voir de la discrimination là où il n’y a que des statistiques. Les homos sont plus souvent atteints d’infections sexuellement transmissibles que les hétéros, c’est une simple réalité, corroborée par toutes les enquêtes de prévalence, ainsi que par le schéma des épidémies récentes qui toutes ont commencé par toucher la communauté gay en premier : le SIDA bien sûr, mais aussi la résurgence de la syphilis par exemple[1].

Vous vous dites : je suis en couple stable, je n’ai donc pas plus de risque qu’un couple hétéro d’attraper une saloperie, il n’y a donc aucune raison que je ne puisse pas donner mon sang. Vous vous dites : ce n’est pas l’homosexualité qui doit contre-indiquer le don du sang, mais les pratiques à risques, comme avoir de nombreux partenaires ou fréquenter les bordels.

Ce raisonnement ne tient pas. Vous êtes en couple stable, certes, mais il est possible que votre mec vous trompe. C’est banal. Ca arrive aussi souvent dans les couples homos que dans les couples hétéros (les mauvaises langues diraient même : plus souvent !). La grosse différence, c’est que quand un homo trompe son mari, il le fait avec une personne qui a 100 fois plus de chances d’être séropositive que la personne avec qui un hétéro tromperait sa femme[2]. De ce fait, la probabilité qu’un homo en couple stable soit séropositif sans le savoir est très significativement supérieure à la probabilité qu’un hétéro en couple stable le soit.

Idem pour la fréquentation des boîtes à cul ou échangistes : quand on le fait dans le milieu gay, pour la même raison, c’est beaucoup plus risqué que quand on le fait dans le milieu hétéro. Les médecins ne s’y trompent pas, c’est bien le milieu, et donc incidemment l’orientation sexuelle, qui est une contre-indication. Pas la nature de la pratique elle-même. Pratiques égales, risques différents.

On raconte que les alchimistes avaient toujours un perroquet dans leur laboratoire, parce que cet animal très sensible aux émanations leur servait de signal d’alarme pour le cas où leurs expériences se mettaient à dégager des fumées toxiques. C’est triste à dire, mais les gays tiennent ce même rôle en épidémiologie des IST : ce sont toujours les premiers atteints lorsqu’une épidémie se déclare. C’est pour cela que ne tient pas non plus l’argument qui consiste à dire qu’il n’y a aucun risque puisque tous les prélèvements sanguins sont testés. Les échantillons sont testés, certes, mais uniquement pour les maladies connues. L’exemple du SIDA en 1980 nous a appris que de nouvelles IST pouvaient émerger ; et l’expérience nous apprend que si ça se reproduit, elles commenceront très probablement par frapper la communauté homo en premier.

Il y a par ailleurs le problème, un peu vulgaire mais pourtant non négligeable, du coût. Prélever du sang, puis le tester pour une large palette de maladies, coûte cher. L’EFS cherche naturellement à éviter de récolter des échantillons dont la probabilité qu’ils s’avèrent inutilisables est importante.

Enfin, il y a un gros risque en terme d’image. Un jour, un patient sera contaminé par une transfusion. C’est inévitable[3]. Si ça se produit alors que les homos sont exclus du don du sang, on parlera d’accident, d’impondérable, de fatalité. Si ça se produit alors que les homos ont le droit de donner leur sang, on parlera du lobby gay qui a mis en danger la vie des malades en imposant une pratique à risque au Ministre de la Santé. Et ça sera très difficile à contre-argumenter, parce que globalement, ça ne sera pas complètement faux.

L’interdiction du don du sang aux homos n’est pas de la discrimination, c’est de la bête statistique. Tout comme l’interdiction faites aux personnes qui ont récemment séjourné en zone tropicale, consommé de la drogue, subi un tatouage ou un piercing, etc. Les médecins responsables du don du sang ne sont pas homophobes, ils savent juste lire des chiffres et les interpréter.

Concentrons-nous plutôt sur les vraies discriminations, ce sera bien plus productif et moins risqué, autant pour la santé des autres que pour notre propre image.

Cap Orne

Marre de la pluie. Un coup d’œil sur un site météo m’apprit qu’il faisait beau en Basse-Normandie. Alors Kawette et moi sommes allés chercher le soleil un peu plus à l’ouest. Une petite boucle Maison, Dreux, Verneil sur Avre, L’Aigle, Sées, Alençon, Mamers, Bellême, Nogent le Rotrou, Chartres, Maison. Quatre cent kilomètres dans la journée et une flopée d’ouvrages gothiques à visiter ! Et une mission accomplie : nous avons bien trouvé le soleil, nous vous l’avons même ramené à Paris.

La plus belle découverte du périple est bien sûr Sées, village d’à peine 4500 âmes mais néanmoins cité épiscopale et siège de l’évêché, avec sa magnifique cathédrale gothique, ses couvents, son abbaye, sa basilique, ses écoles catholiques, et j’en passe. Pourquoi l’Église a-t-elle élu domicile dans ce trou paumé plutôt que dans la grande ville toute proche ? Mystère. Une fâcherie quelconque entre un évêque et le pouvoir local, je suppose. Pas de chance pour Alençon, qui n’a eu ni l’évêché au Moyen-Âge, ni la ligne de chemin de fer Paris-Brest au XIXe siècle, ni l’autoroute A11 au XXe, restant ainsi condamnée au statut de petite préfecture.

Je ne les aime d’ailleurs pas beaucoup, ces petites préfectures de province, toutes bâties sur le même principe, avec une grande rocade pleine de ronds-points qui enserre des quartiers pavillonnaires et des petites cités d’immeubles bas, le tout blotti autour d’un centre historique systématiquement piétonnier : les remparts pour La Rochelle, la cathédrale pour Quimper, l’église Notre-Dame pour Poitiers, l’ancienne halle au blé pour Alençon… On y croise à toute heure de la viande saoule et des punks à chien, on ne s’y sent pas très bien, on se croirait dans un film de Chabrol, il n’y a là que magasins de fringues, galeries commerçantes, et hauts-parleurs qui diffusent de la musique d’ambiance digne de Chérie FM. J’aime les petites villes et les grandes villes, mais pas cet entre-deux.

L’avantage de ces longs trajets routiers à vitesse constante et modérée, c’est qu’on ne consomme rien. Moins de quatre litres aux cent kilomètres, d’après l’ordinateur de bord de Kawette. Du coup on néglige de faire le plein. Oh, j’ai encore le temps, se dit-on chaque fois que l’on croise une station service ! Jusqu’au moment où le témoin de la réserve s’allume alors qu’on est au fin fond de nulle part – entre Nogent le Rotrou et Chartres, pour être précis.

Une foule de villages de plus ou moins grande importance défilent, et pas une goutte de pétrole. Des stations services désaffectées à la pelle. Des garages ouverts mais qui ne vendent pas d’essence. Des garages qui en vendent mais qui sont fermés. Mais où les gens qui habitent ici vont-ils faire le plein de leurs voitures ? On se met à guetter les panneaux qui annoncent les supermarchés à l’entrée des villages. En vain. On veut demander à un autochtone. Mais évidemment, les rues sont désertes. Le pire, c’est qu’à chercher une station dans un endroit inconnu, on fait des détours et on gaspille le fond du réservoir pour rien !

Au bout d’une demi-heure, j’avais définitivement intégré l’idée que j’allais tomber en panne, la seule inconnue étant : où et quand. Trente-cinq kilomètres sur la réserve, quand même, ça commençait à faire. Et soudain, j’ai eu l’idée de chercher Super U sur mon iPhone. Bingo. Il y en avait un à même pas trois minutes. Je ne l’aurais jamais trouvé sans. Promis, j’irai allumer un cierge à la mémoire d’Apple, de Google Map et du protocole TCP/IP !

Petite chevauchée sur l’autoroute pour finir. L’occasion de tester le télé-péage en moto, à propos duquel j’avais lu absolument tout et son contraire : que c’était autorisé, que c’était interdit, que ça ne marchait pas, que ça marchait mais qu’on était facturé le tarif voiture, qu’il fallait le mettre dans telle poche mais pas dans telle autre sinon ça ne captait pas, etc. J’ai bêtement glissé le badge dans mon blouson et me suis présenté à la barrière. Qui s’est ouverte sans encombre. Pareil à la sortie. Heureusement, parce que je ne me voyais pas enlever mes gants, attraper le ticket, le glisser dans une poche, refermer la poche, remettre les gants, avec quinze voitures s’impatientant derrière…

La question à mille brouzoufs est maintenant de savoir si j’ai été facturé pour la bonne catégorie de véhicule. Je suis allé voir sur le site VINCI Autoroutes, mais la facturation détaillée des trajets n’y apparait qu’après quelques jours. La raison de ce délai échappe d’ailleurs totalement à ma compréhension. Le système télé-péage est entièrement informatisé, depuis les bornes sur les autoroutes jusqu’aux sites web des exploitants. Mon esprit limité est incapable de concevoir une seule raison technique valable qui ferait qu’un passage à un péage ne soit pas instantanément visible sur son compte sur internet. À moins qu’il y ait deux systèmes séparés incapable d’inter-opérer, avec une armée de personnel administratif pour recopier les infos à la main de l’un à l’autre, du lundi au vendredi, de 9h00 à 12h30 et de 14h00 à 18h00. Brazil !

Prometheus

Il y a deux coups de maître dans le premier Alien de Ridley Scott. Le fait qu’on ne voit que très furtivement la bestiole (la crainte du monstre est beaucoup plus effrayante que le monstre…) et la dernière partie du film, intégralement filmée caméra à l’épaule en courant dans des couloirs obscurs. Les épisodes suivants de la saga tombent dans le film horrifico-fantastique banal et n’ont pas le moindre intérêt.

Alien, c’est un des deux seuls films que je n’ai pas pu voir entier au cinéma. J’ai dû sortir avant la fin[1]. Beaucoup trop oppressant pour mes petits nerfs. Il m’a fallu quelques diffusions à la télé, dans le confort et la sécurité de mon chez moi, pour en venir à bout.

Alien, c’est un film culte. Je ne pouvais donc pas rater Prometheus, le prequel réalisé par Ridley Scott lui-même ! (Attention, il n'y a pas vraiment de gros spoilers ci-dessous, mais si vous souhaitez arriver vierge à la projection, ne lisez pas la suite !)

Bon, ne tergiversons pas : c’est une grosse daube. L’esthétique est très réussie, la 3D est utilisée à bon escient (c’est à dire qu’elle se fait oublier), la musique est magnifique (j’aurais rêvé d’une partition aussi bien foutue pour Le Seigneur des Anneaux). Et c’est tout.

Le scénario est indigent. C’est un enfilage de clichés, un copier/coller de scènes déjà vues mille fois dans d’autres films (Alien, Abyss, Leviathan, X-Files…) : le robot androïde qui finit décapité mais qui parle toujours, les expériences militaires de biologie, le vaisseau spatial souterrain, l’alien introduit dans le corps sous la forme d’une huile noire, l’ADN qui mute, les gens qui sont morts mais en fait non pas tout à fait les revoilà ils bougent encore et ils ne sont pas contents du tout… Il n’y a aucune cohérence. Pleins de trucs arrivent comme un cheveux sur la soupe et ne sont jamais expliqués. À quoi sert la scène d’ouverture ? D’où le robot humain sait-il utiliser la technologie des « ingénieurs » ? Quelles sont les motivations de ces extra-terrestres ? Voire même : quelles sont les motivations de tous les personnages ? (Je vous épargne cinquante autres questions du même genre pour ne pas en révéler trop, des fois qu’il vous prendrait l’idée saugrenue d’aller voir ce film). Mystère. N’importe quel épisode de Lost est plus limpide.

Comme il s’agit d’un prequel, on s’attend évidemment à ce que la fin raccroche les wagons du début de la série. Pendant la dernière heure, on cherche donc, on s’interroge, on se demande comment tout ça va pouvoir finir en une colonie d’œufs d’aliens au sang verdâtre et corrosif abandonnés sur une planète déserte. On espère un twist, une révélation incroyable qui éclairerait soudainement toute la saga Alien. Eh bien vous savez quoi ? On ne le saura jamais. Il n’y a pas de twist, pas de révélation. La fin de ce film n’a aucun rapport avec le début du film suivant. Ce prequel n’explique rien, n’éclaire rien, n’introduit rien. C’est juste un banal film de SF de série B.

Il aurait fallu déconnecter ce Prometheus de l'univers d'Alien. Là, l'attente est trop forte, on est forcément déçu. J'aurais à coup sûr apprécié le même film, avec peut-être un scénario un poil plus solide, s'il avait été présenté pour ce qu'il est plutôt que si on avait essayé de me le vendre comme un prequel et comme le retour de Ridley Scott à la SF. Dommage.

Monumenta 2012

Je suis en grand fan de l’exposition Monumenta. Le principe consiste à demander chaque année à un artiste de remplir entièrement la nef du Grand Palais avec une installation d’art contemporain. Je n’ai raté qu’une seule édition depuis 2007. Cette année, c’est Daniel Buren qui s’y colle.

Les œuvres présentées dans le cadre de Monumenta sont toujours ludiques. Ce ne sont pas des œuvres statiques devant lesquelles le spectateur se plante, comme dans un musée classique. Ce sont des œuvres immenses, à l’intérieur desquelles le spectateur doit entrer, évoluer, chercher les angles sous lesquels l’œuvre lui parle.

Selon les années, on voit des gens toucher l’installation, chuchoter ou crier pour s’amuser des échos, s’allonger par terre pour contempler la nef, apporter un pliant et s’assoir au beau milieu de l’œuvre pour s’imprégner de l’ambiance… Cette année, on voit des gens danser dans les taches de couleur ou s’allonger sur les miroirs.

J’y vais toujours de nuit. L’ambiance nocturne colle généralement mieux aux œuvres exposées, et puis il y a moins de monde. Mais pour la première fois, je crois que je vais y retourner en plein jour. De toute évidence, cette œuvre-là est conçu pour être vue en plein soleil.

Sévices Administratifs

Oyez oyez, gentes dames et damoiseaux, la très édifiante histoire de Virgile et de son épique combat contre la redoutable hydre administrative française, qui survint en ce premier jour du mois de juin de l’année 2012 après la naissance de notre Seigneur Jésus Christ ! Oyez oyez !

Ordoncque, Virgile qui récemment triompha des nombreuses épreuves théoriques et pratiques qui le séparaient d’un coup de tampon supplémentaire dans la case idoine de son permis de conduire, devait se rendre à la préfecture afin d’y retirer le précieux papier rose. Il quitta son doux foyer à l’aurore, car il savait que les plus belles batailles se gagnent le matin ; et il emporta de la lecture, car il savait qu’il aurait régulièrement besoin de se ressourcer aux textes anciens pour y puiser du courage.

À peine arrivé sur place, un premier défi l’attendait déjà : garer son puissant destrier nippon à un endroit qui ne fût ni dangereux ni interdit. Car figurez-vous que dans sa grande perversité, l’hydre administrative française accueille le public dans une forteresse située à dix lieues de toute possibilité de stationnement. Cependant Virgile triompha aisément de cette première épreuve car il était rusé. Il abandonna son valeureux destrier à un endroit prohibé mais inaccessible au camion de la fourrière du fait de la présence d’un abondant mobilier urbain. De surcroit, pour plus de sûreté, il l’attacha à un panneau électoral de Lutte Ouvrière.

Encouragé par cette première victoire, Virgile s’enhardit et se présenta à l’accueil sans plus attendre. Il ôta son armure, son casque et sa besace, les posa sur le tapis roulant afin qu’ils fussent examinés par le terrible Cerbère aux yeux qui voient à travers la matière. Le Cerbère ne pipa mot. Et c’est ainsi que Virgile pénétra dans l’antre de l’hydre administrative française, un monde redoutable et effrayant où la logique conventionnelle s’efface, un monde peuplé de pléthoriques dames guadeloupéennes qui parlent très fort avec un accent créole, un monde où la seule arme qui permet de vaincre a pour nom : patience.

Mais ne nous répandons pas en lyrisme superflu car déjà, une nouvelle épreuve attendait Virgile ! Il lui fallait maintenant retirer un ticket muni d’un numéro. Devant lui, une trentaine de combattants, tous venus aussi triompher de l’hydre, attendaient déjà. À raison d’une à deux minutes pour vérifier la complétude et la conformité du dossier de chacun, Virgile, qui était fort savant dans la science du calcul, en déduisit qu’il lui faudrait environ une heure rien que pour accéder au distributeur de ticket. Son moral vacilla un instant sous le choc de la perspective de passer autant de temps à piétiner debout, mais il ne se laissa pas démonter et pris sa place dans la queue – probablement une des plus grosses qu’il lui ait jamais été donné de voir, et pourtant, vous pouvez nous croire, il en avait vu d’autres.

La gardienne de la machine à distribuer les tickets numérotés était laide et elle était féroce. Au fur et à mesure que la queue avançait, Virgile la voyait refouler impitoyablement les usagers dont le dossier présentait des failles, et il ne put s’empêcher de penser à Gandalf-le-Gris repoussant le Balrog de Morgoth au pont de Khazad-Dûm dans les Mines de la Moria. Par instants, il imaginait la fonctionnaire hurlant « you shall not pass ! » à un usager récalcitrant, et il sentait son sang se glacer dans ses veines, et son cœur, qu’il avait pourtant fort endurci, se serrait d’effroi. Heureusement, lorsque son tour vint, l’œil suspicieux de la gardienne des tickets numérotés ne découvrit rien d’anormal dans son dossier, et Virgile se vit attribuer le numéro D30.

Mais s’il venait de remporter une bataille, Virgile était encore loin de remporter la guerre. « Abandonne toute relation d’ordre sur l’ensemble des entiers naturels, toi qui entre ici ! » se serait écrié Dante en constatant que les numéros étaient appelés dans le désordre. D17, A23, D21, T02, D20, D19, V08, D20 à nouveau… Virgile dut rapidement convenir que son intelligence était trop limitée pour appréhender la logique qui présidait à l’appel des numéros et quelle était la signification de la lettre qui les préfixait. Il extirpa de sa besace un vieux grimoire et s’abandonna à la lecture de quelque texte antique.

C’est la faim qui tira Virgile de sa lecture. La faim redoutable qui vrille l’estomac, qui étourdit les sens et qui annihile les forces ! Car le soleil était déjà parvenu tout en haut du ciel. L’hydre administrative française a plus d’un tour dans son sac pour vaincre le combattant le plus déterminé ! Patienter sans boire ni manger pendant trois heures, à endurer les souffrances infligées par un siège spécifiquement conçu pour être inconfortable, plus d’un craquèrent avant l’appel de leur numéro et s’en retournèrent chez eux défaits !

Virgile, de son jeune temps où il était un redoutable joueur de tarot, conservait la précieuse compétence de savoir compter les atouts comme personne. Bien que l’hydre administrative les appelât dans le désordre pour brouiller les pistes, il n’eut aucune difficulté à mémoriser les numéros déjà servis et ceux non encore servis. Considérant qu’il restait encore au moins cinq usagers avant lui et que chaque usagers prendrait au moins dix minutes, il décida qu’il avait juste le temps de quitter les lieux, d’aller se sustenter à la gargotte du coin, et de revenir prendre sa place dans la file. Ce qu’il fit prestement.

C’est au retour qu’il faillit trébucher stupidement. Ah ! Même les plus grands échouent parfois à deux doigts de la victoire ! Alors que son casque, son armure et sa besace passaient de nouveau devant le Cerbère aux yeux qui voient à travers la matière, celui-ci, découvrant un téléphone au fond d’une poche, cru bon de lancer un fort sec et fort impoli : « Eh vous, là ! C’est interdit de téléphoner, ici ! ». Un frisson parcourut l’échine de Virgile cependant que son esprit formulait une réplique cinglante que l’on pourrait résumer par : « Hé connard, ça fait quatre heures que je m’abime le cul sur tes sièges pourris à sacrifier une journée de RTT parce que tes services sont trop cons pour expédier un bout de papier rose par la poste, alors tes remarques d’adjudant-chef mal baisé quant à un téléphone que je n’avais de toute façon pas l’intention d’utiliser vu que j’ai deux ou trois notions de convenances qui font que je ne téléphone jamais dans un lieu public, tu te les carres bien profond, s’il-te-plaît. » Fort heureusement, Virgile était fort aguerri à la pratique du self-control et il ne répondit pas à la provocation. En lieu et place de cette longue tirade, il laissa échapper un timide « Oui Monsieur » qui amadoua le Cerbère, et il rejoint sa place dans la salle d’attente. À peine une minute plus tard, le numéro D30 apparaissait sur tous les afficheurs. « Like a boss », pensa-t-il in petto, mélangeant ainsi le grand breton et le bas latin, deux langues qu’il affectionnait particulièrement.

Et c’est ainsi que Virgile triompha de la redoutable hydre administrative française. Après quoi, il rentra tranquillement chez lui ripailler, faire bombance, et écrire des conneries sur son blog pour se défouler.

Petit manuel de gayrilla (1)

D’ici l’automne, le PS devrait enfin ouvrir le droit au mariage pour tous. Il y a fort à parier que comme à l’époque du PaCS en 1999, cela déclenchera bon nombre de débats publics durant lesquels on entendra bon nombre de conneries. C’est le moment idéal pour reprendre la gayrilla !

Je rappelle le principe : il s’agit de démonter les idées reçues et les pseudo-arguments régulièrement entendus sur la question de l’homosexualité. Je mélangerai dans cette rubrique des inédits et divers textes déjà publiés ici et là depuis 2003.

L'homosexualité est anormale. L'homosexualité est une déviance.

Cette affirmation, fréquemment entendue, est piégée. Étymologiquement parlant, anormal signifie « différent de la norme » et il est vrai que du point de vue du nombre de pratiquants, l’homosexualité, minoritaire, dévie effectivement de la norme hétérosexuelle, majoritaire. On est dans le domaine factuel. Mais dans le langage courant, anormal est également synonyme de dysfonctionnement. C’est un mot porteur d’une connotation négative. On passe alors dans le domaine du jugement de valeur. Utiliser ainsi un mot porteur d’un double sens pour produire un raisonnement fallacieux, en l’occurrence pour faire passer pour une vérité objective ce qui n’est qu’un jugement de valeur subjectif, est un procédé rhétorique courant.

Le piège est facile à déjouer : il suffit de rappeler que tout ce qui est minoritaire n’est pas forcément dysfonctionnel et que tout ce qui diffère de la norme n’est pas forcément pathologique. Par exemple : être gaucher (seulement 10 % de la population mondiale), être roux (seulement 5 % de la population française), observer scrupuleusement les rites de l'Église Catholique (seulement 4,5 % de la population française en 2009, soit probablement moins que le nombre d’homosexuels…).

Par ailleurs, il faut garder à l’esprit que la sexualité humaine est incroyablement diversifiée. Considérons par exemple la fréquence des rapports sexuels chez les couples mariés. La moyenne est de deux rapports par semaine en France, mais derrière ce chiffre se cache en réalité une très grande disparité qui va de plusieurs rapports par jour à moins d’un rapport par mois. En fait, la variabilité est si grande que paradoxalement, le nombre de couples qui sont exactement dans la norme, c'est-à-dire qui ont exactement deux rapports par semaine, sont minoritaires. Une moyenne censée caractériser la sexualité des couples mais qui ne reflète qu'une minorité des pratiques : on voit ici les limites du concept de norme.

Les homosexuels sont malades.

L'homosexualité n'est plus considérée comme une maladie par l'American Psychiatrist Association depuis 1974. Elle a été retirée du Diagnostic and Statistical Manual, un manuel de psychiatrie qui fait référence, en 1985. Enfin, l'Organisation Mondiale de la Santé l'a rayée de ses listes en 1992. Tout cela n'est pas le résultat de pressions politiques d'un quelconque lobby gay sur les instances médicales, comme on peut le lire souvent, mais juste la conséquence logique de plusieurs expérimentations scientifiques, dont la première mérite d'être contée.

En 1957, tout le corps médical tient pour acquis le fait que l'homosexualité est une pathologie mentale. Evelyn Hooker, une jeune psychologue de l'UCLA, en doute : elle compte plusieurs amis homosexuels parmi ses relations et peine à déceler chez eux le moindre trouble du comportement. Elle décide donc de monter une expérience pour le vérifier. Elle constitue un groupe de soixante personnes mêlant aussi bien homosexuels qu'hétérosexuels et anonymement, fait passer à tous des tests de personnalité classiques : le Rorschach (les fameuses taches d'encre), le MAPS (construire une histoire à partir d'une image) et quelques autres. Puis elle transmet les soixante dossiers à trois de ses collègues experts psychologues, les mettant au défi de déterminer, sur la base de ces tests, qui est hétéro et qui est homo.

Le premier expert, Bruno Klopfer, spécialiste du Rorschach, n'y parvient pas. Le second expert, Edwin Schneidman, créateur du test MAPS, n'y parvient pas non plus. Le dernier expert, Mortimer Mayer, est si étonné de ne pas y parvenir non plus qu'il refait toute l'expérience une seconde fois. Peine perdue, il échoue également à diagnostiquer l'homosexualité au travers des tests de personnalité. Evelyn Hooker en déduit qu'il n'y a en moyenne aucune différence significative entre la personnalité d'un hétéro et la personnalité d'un homo (cf. Evelyn Hooker, « The adjustment of the male overt homosexual », Journal of projective techniques, XXI 1957, pp. 18-31). D'autres travaux menés à la suite de cette étude finiront par emporter la conviction des psychiatres que la prévalence des troubles mentaux n'est pas plus élevée chez les homosexuels que chez les hétérosexuels, et que le simple fait de préférer des partenaires du même sexe n'est finalement qu'une simple affaire de goût, sans influence négative ou positive par ailleurs sur les structures mentales des individus.

Confusion des pouvoirs

Même pas deux semaines que les socialistes sont au pouvoir et ils m’énervent déjà. Première connerie du quinquennat : cette histoire de ministres qui quitteront leur poste s’ils perdent aux législatives.

Bon alors déjà, le non-cumul des mandats, ça évoque quelque chose à quelqu’un au PS ? Des années que tout le monde le réclame, des années que tous les partis le promettent, et la première chose que fait le PS en arrivant au pouvoir, c’est de s’asseoir dessus. La règle ne devrait pas être que les perdants aux législatives rendent leur portefeuille, mais bien que ceux qui ont un portefeuille ne se présentent pas aux législatives.

On va me dire : les ministres qui seront élus députés ne siègeront pas à l’Assemblée, justement pour respecter la règle de non-cumul des mandats. Mais alors dans ce cas, pourquoi se présentent-ils et pourquoi les élire ? Pourquoi voter pour une personne dont on sait pertinemment qu’elle sera toujours absente des débats et représentée par son suppléant ? C’est de la tromperie sur la marchandise. On met sa confiance dans un député et on se retrouve représenté par un autre qui n’a même pas fait campagne, et donc, dont on ne connait pas bien ni les idées et ni la personnalité.

Enfin et surtout, je ne vois pas le rapport entre un poste de ministre et un poste de député. Le ministre est un technicien, il gère les affaires en garantissant l’application de la loi, il fait partie du pouvoir exécutif. Le député est un décideur, il fabrique la loi, il fait partie du pouvoir législatif. Ce n’est pas le même boulot, ça ne demande pas les mêmes compétences et depuis Montesquieu, on est même assez nombreux à penser qu’il est préférable que ces deux tâches ne soient pas accomplies par la même personne (ce qui rejoint d’ailleurs le principe de non-cumul des mandats). Alors pourquoi virer un exécutant au prétexte que le peuple pense qu’il ferait un mauvais législateur ? Ca n’a pas de sens. Ce serait comme virer quelqu’un d’un poste au prétexte qu’on le soupçonne d’être incompétent à un autre poste qui n’a rien à voir avec le premier.

Mots de passe

Je suis horrifié par la politique de sécurité de la plupart des sites web. Peut-être qu’il manque une solide formation aux développeurs web sur les questions de sécurité. Peut-être que les clients n’en ont rien à foutre et ne sont pas prêt à payer un poil plus cher pour avoir un site mieux sécurisé. Pire, peut-être qu’ils sont prêts à payer mais qu’on les arnaque en leur vendant de la merde.

Commençons par un principe de base : jamais personne ne doit jamais avoir accès à un mot de passe, par aucun moyen, sous quelque forme que ce soit. Jamais. JAMAIS !Pourquoi ? Parce que les utilisateurs ont tendance à toujours utiliser le même mot de passe partout. C’est mal, mais ils le font quand même. Du coup, si un mot de passe est compromis sur un site quelconque par une personne mal intentionnée, il y a toutes les chances pour qu’elle essaie de voir si par hasard, ce mot de passe ne fonctionnerait pas aussi sur d’autres sites : twitter, facebook, la boîte mail de l’utilisateur, etc. La boîte mail est bien sûr le plus sensible. Une fois qu’un tiers a accès à vos mails, il a accès à l’option « J’ai oublié mon mot de passe » de tous les sites sur lesquels vous avez des comptes.

Ne croyez pas que seul un hacker de haut niveau puisse pirater un site. Ça peut être un employé de la boîte qui gère le site web et qui a tout naturellement accès à la base de données qui se trouve derrière. Ça peut aussi être l’ordinateur qui fait tourner le site qui est saisi par un huissier sur ordre de justice, puis revendu aux enchères à un inconnu avec toutes les données qu’il y a dessus (la boîte où je travaillais en 1999 a été confrontée à ce problème). Ça peut être un bug qui fait qu’un utilisateur régulier a accès aux infos d’un autre utilisateur (le site de Navigo a eu ce problème il y a quelques années).

De ce principe de non-accessibilité des mots de passe découle quelques règles de conception technique.

Hélas, la majorité des sites n’appliquent pas ces principes. Le niveau de sécurité qu’ils fournissent est plutôt bas et pour éviter les problèmes, je ne saurai que trop vous conseiller d’utiliser un mot de passe différent à chaque fois. Ainsi, si un mot de passe est corrompu sur un site, les conséquences seront limitées à ce site. Bien sûr, il peut être difficile de mémoriser autant de mots de passe. Pour s’aider, on peut utiliser les astuces suivantes :

Un autre principe, moins intuitif a priori, est que le mieux est l’ennemi du bien. En tant que développeur de site web, vous croyez augmenter la sécurité en exigeant des utilisateurs qu’ils choisissent des mots de passe complexes et qu’ils les changent régulièrement ? Erreur. Vous la diminuez, parce qu’à partir d’un certain niveau de complexité, les utilisateurs n’ont pas d’autre choix que de noter leur mot de passe sur un post-it pour réussir à s’en rappeler… Et un post-it, ça s’égare.

D’une façon générale, je pense qu’il ne faut pas trop imposer de contraintes sur le choix des mots de passe. Il faut exiger un niveau de sécurité minimal pour éviter les choix idiots (et pourtant répandus…). Mais interdire ou obliger certains caractères est plutôt de nature à emmerder l’utilisateur, et donc à baisser la sécurité. À propos de la résistance des mots de passe, ce petit strip de XKCD est éloquent.

Passons à cette abomination qu’utilisent pratiquement toutes les banques de nos jours sur leurs sites web (et même sur leurs applications iPhone ou Android) :

Voilà un parfait exemple du gadget qui rassure tout le monde alors que ça fait en réalité diminuer la sécurité, et cela pour deux raisons.

Ce truc réussit donc l’exploit de faire passer la sécurité des sites bancaires de pipeau à pipeau moins moins tout en faisant chier les utilisateurs. J’espère que son créateur a déjà sa place réservée aux enfers.

À propos de sécurité pipeau, faites-moi penser à vous parler un jour de cette grosse arnaque que sont les scanners d’empreintes digitales…

Toile de Jouy

C’est par simple souci d’exhaustivité que le Musée de la Toile de Jouy figurait sur notre liste des musées à visiter. Parce que je l’avoue, l’idée de voir une exposition de bouts de tissus imprimés de motifs champêtres du XVIIIe siècle ne m’emballait pas franchement !

D’ailleurs, j’ai bien vu qu’on faisait tache dans le décor quand nous sommes entrés. Avec nos blousons de moto et nos casques sous le bras, dans le hall de style bonbonnière anglaise, entre deux mamies en déambulateur, nous étions à peu près autant à notre place que des Hell’s Angels venant acheter des napperons brodés dans un magasin de dentelles.

Mais les préjugés sont faits pour être dépassés ! Contre toute attente, j’ai plutôt apprécié. Du moins le rez-de-chaussée de l’exposition. J’ai découvert que l’obscur Oberkampf qui a donné son nom à la station de métro parisienne était en fait le fondateur de la manufacture de toile de Jouy. J’ai découvert que les motifs étaient imprimés par une technique tout à fait similaire à la gravure classique : des plaques de bois ou de cuivre gravées, encrées, puis pressées sur l’étoffe. J’ai découvert les improbables méthodes de fabrication des teintures, comme par exemple le rouge obtenu en broyant des larves d’insectes.

J’ai aussi découvert que l’introduction du coton en France avait donné lieu à des lois ultra-protectionnistes, le gouvernement cherchant à sauvegarder nos industries textiles locales (laine et soie principalement). Mais comme souvent, plus on essaie d’interdire, plus ça suscite de l’engouement et de la curiosité. Du coup, le marché des étoffes-ressemblant-à-du-coton-indien-mais-qui-n’en-sont-pas a explosé, sans parler de la contrebande. Le Roi a donc fini par autoriser l’implantation de quelques manufactures sur le territoire français, qui garderont assez longtemps le monopole de la production des toiles de coton. De la démondialisation mélenchoniste en plein XVIIIe siècle !

L’étage en revanche m’a barbé, avec son exposition de dizaines d’échantillons de tissu. Certes, j’ai appris que contrairement à ce que je croyais, la toile de Jouy, ce n’était pas que des motifs champêtres naïfs. C’était aussi des scènes mythologiques, des allusions à des événements politiques (comme la prise de la Bastille), des références aux découvertes scientifiques (l’invention des aérostats par exemple), des motifs géométriques de style cachemire, le tout souvent gravés par de grands noms de l’époque. Mais quand même. Ca reste aussi palpitant que de feuilleter le catalogue de papiers peints chez Leroy Merlin.

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