Cathédrale de Reims

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Torche Olympique

Grande nouveauté de ces Jeux Olympiques d’hiver, la torche est allée faire un petit tour en orbite terrestre. Une torche éteinte : impossible de la maintenir allumée à bord de la Station Spatiale Internationale ou à bord de la fusée qui lui a permis de faire le voyage. Mais pourquoi donc, impossible ?

Une autre conséquence de l’absence de pesanteur est que dans l’espace, les flammes, à l’instar du whisky du capitaine Haddock, se mettent en boule. Vous trouverez facilement quelques illustrations du phénomène en recherchant « candle microgravity » dans Google Images.

Tache aveugle

Épisode particulièrement flippant de Faites entrer l’accusé hier soir qui retraçait l’histoire d’un couple d’homos enterrés vivants à la Charité-sur-Loire. La circonstance aggravante d’homophobie n’a pas été retenue au procès et divers avocats, juges et enquêteurs ont martelé tout au long de l’émission qu’il n’y avait « pas le moindre mot, pas la moindre virgule d’homophobie dans tout le rapport d’instruction ». On aurait aimé entendre quelques arguments concrets à l’appui de cette affirmation surprenante ; mais hélas, on n’en apprendra pas plus.

Il parait effectivement établi que les victimes n’ont pas été tuées en raison de leur orientation sexuelle, que les assassins n’ont pas proféré à leur encontre d’injures à caractère homophobe, etc. Mais les choses ne sont pas si simples. Il existe des interactions complexes et réciproques entre les comportements des individus et les valeurs ayant cours dans la société où ils évoluent. En 1930 dans le sud des États-Unis, on lynchait infiniment plus de Noirs que de Blancs. Etait-ce raciste ? Oui. Est-ce qu’on trouvait ça raciste sur le moment ? Non. On affirmait le plus sérieusement du monde que tel individu avait été lynché parce qu’il était soupçonné de tel délit, et non parce qu’il était Noir. On se focalisait sur le caractère avéré de la cause (le délit) pour nier que la conséquence (la sanction) était différente selon la couleur de la peau. Il est fort possible que l’on se trouve ici dans une situation équivalente ; certes la motivation du crime n’est pas homophobe, mais le traitement exceptionnellement cruel réservé aux victimes frappe l’esprit et il est naturel de se demander s’il ne faut pas y voir une forme d’homophobie, pas forcément consciente et revendiquée, mais par exemple, culturelle.

Peut-être que les experts psychiatres ont exploré cette question. Peut-être qu’existent des éléments tangibles pour affirmer que l’homophobie est totalement absente de cette affaire. Mais le reportage n’en dit rien, du coup on s’interroge, d’autant plus que l’on ne sait pas d’où parlent les interviewés. C’est toujours important, de savoir d’où les gens parlent. Opprimer n’est pas qu'un mécanisme actif, c’est aussi véhiculer passivement des clichés, valider des normes sociales en ne s’y opposant pas, reproduire à l’identique des comportements sans se remettre en cause… Dans ces cas, l’oppresseur a rarement conscience d’en être un et son discours est donc éminemment critiquable lorsqu’il porte sur ceux qu’il oppresse, c’est à dire sur ceux qui se trouvent dans la tache aveugle de sa vision. C’est pour cette raison que l’existence des médias gays ou de l’Association des Journalistes LGBT n’est pas une lubie communautariste mais une nécessité politique. De la même manière qu’une femme aura du mal à accepter qu’un homme lui explique qu’une blague sexiste n’est pas sexiste, j’ai un peu de mal à accepter que des policiers hétéros, des avocats hétéros, des juges hétéros, des experts psychiatres hétéros, des journalistes hétéros, m’expliquent que ce crime n’est pas homophobe – même s’ils ont raison. Je les soupçonnerai toujours de ne pas avoir fait le tour de la question, de ne pas avoir exploré toutes les pistes, simplement parce que leur vécu et leur ressenti ne leur permettent pas cette exhaustivité dans l’analyse.

Revenons-en à notre double homicide. Je viens d’un milieu où l’échelle de valeur communément admise est en gros : hommes > femmes > animaux > putes > pédés. Mon cas est certes particulier (les cités du 93) mais je ne crois pas me tromper en disant que c’est une échelle de valeurs somme toute assez répandue. Par ailleurs, quiconque a lu un peu de psycho sait que l’un des moteurs des guerres, l’un des ressorts de la mentalité du combattant est de présenter l’ennemi comme n’étant pas un semblable mais comme étant un sous-humain ; ce qui lève toute barrière morale à son élimination. Enfin, les victimes dans ce crime ont été totalement déshumanisées, lentement enterrées vivantes (une heure et demi entre la première pelletée de sable et la dernière, ça laisse le temps à l’analyse et à l’introspection sur l’acte qu’on est en train de commettre…) sans que cela ne déclenche chez les assassins plus d’empathie et de considération que s’ils étaient en train de se débarrasser d’une vieille machine à laver. J’additionne tout ça et j’émets l’hypothèse que si les victimes n’avaient pas été homosexuelles, peut-être auraient-elles semblé plus humaines aux assassins, plus proches d’eux, plus digne d’empathie, et le traitement qui leur a été réservé aurait été différent. Je ne fais là que transposer un raisonnement que l’on retrouve typiquement dans les meurtres de prostituées, où l’assassin minore la gravité de son crime parce que la victime n’était qu’une simple pute et pas une vraie femme. Ce ne sont que des supputations de ma part ; je ne connais pas le dossier en détail. Je veux juste dire que balayer aussi péremptoirement la dimension homophobe de ce crime que l’a fait ce reportage, sans évoquer un minimum ce genre d’hypothèse, sans donner la parole à un spécialiste des minorités, je trouve ça un peu léger.

Au-delà de ça, je crois que cet épisode de Faites entrer l’accusé est traumatisant parce qu’il entre en résonance avec une peur viscérale de beaucoup de couples homos : se retrouver confronté à un déchainement de violence homophobe en provenance de son entourage. Il n’y a rien de plus out que de vivre en couple. Des dizaines de personnes constatent soudain que vous êtes pédés : les voisins qui vous voient habiter ensemble, le facteur qui connait les noms sur le courrier, le plombier ou le médecin qui passe à domicile, le gars à qui vous vendez des meubles sur eBay et qui vient les chercher chez vous, toutes les administrations publiques ou privées… Parmi tous ces gens, c’est mathématique, et c’est encore plus prégnant après les événements du printemps dernier, il s’en trouve cinq à dix pour cent qui vous considèrent comme pire que des chiens.

Alors on prie tous les jours pour que ça se passe bien quand même ; et on essaie de ne pas trop prêter attention à ce copain qui raconte qu’on a foutu le feu à sa porte en pleine nuit, à cet autre qui raconte qu’on a tagué « sale pédé » sur sa boite aux lettres, à ce couple de lesbiennes liégeoises persécutées autant par leurs voisins que par la police locale, ou aux couples de la Charité-sur-Loire qui finissent enterrés vivants.

Insidieusement

La loi est la loi. Certes. Mais le zèle est le zèle et l’absence de zèle est l’absence de zèle, aussi. Or il semble avéré dans l’affaire Leonarda comme dans des milliers d’autres que l’administration française a tendance à être zélée surtout quand ça l’arrange, ce qui lui autorise une assez grande latitude dans l’application de cette fameuse loi qui est la loi. Qui du coup perd quelque peu de sa force et de son universalité. D’autant plus qu’en matière de droit d’asile, elle laisse déjà un large pouvoir discrétionnaire aux fonctionnaires. Les blogs d’avocats spécialisés dans le droit des étrangers, comme celui-ci ou bien sûr l’incontournable Maître Eolas, regorgent d’exemples de situations ubuesques auxquelles cela conduit. Par exemple, on pourrait s’étonner que l’administration refuse le droit d’asile à la famille de Leonarda parce qu’elle met en doute (avec raison) son origine kosovare, et décide donc de l’expulser vers… le Kosovo. Bref. La loi est la loi, mais la loi n’est pas toujours ni la logique ni la justice, loin s’en faut, et encore moins la morale. On pourrait dresser une liste longue comme le bras de chose illégales qui sont néanmoins morales et de choses immorales qui sont néanmoins légales.

Or, en matière de morale, nul doute que cette expulsion est choquante. C’est bien pour ça qu’elle a pris de l’importance médiatique, au point que le Ministère de l’Intérieur a réagit en allumant un contre-feu, publiant moult détails accablants sur cette andouille de père de famille. La manœuvre a parfaitement réussi. Alors qu’hier l’opinion publique désapprouvait l’expulsion d’une collégienne innocente, elle approuve aujourd’hui ce qui est implicitement présenté comme la reconduite à la frontière d’un délinquant. L’amalgame est pourtant grossier. La conduite délictueuse de ce monsieur n’a aucun rapport (juridique, logique ou autre) avec le refus de sa demande d’asile, et ne justifie pas non plus l’arrestation d’une collégienne mineure dans les conditions que l’on sait.

Oui, le père a menti aux autorités, bénéficié abusivement d’aides sociales, battu sa femme et ses enfants. Très bien ! Nous sommes sur le territoire français, qu’on lui applique les sanctions prévues pour ces délits dans le droit français : amende, prison, placement d’office de ses enfants, suspension des aides sociales, que sais-je encore, à un juge d’en décider. Penser que ces délits justifient une expulsion, c’est-à-dire une peine différente de la peine que subissent les Français coupables des mêmes infractions, je ne vois pas très bien sur la base de quelles valeurs humanistes et républicaines c’est défendable. De plus, et c’est là où je veux en venir, c’est l’exacte rhétorique du FN. L’amalgame utilisé par nos gouvernants de gauche pour retourner l’opinion en sa faveur a fonctionné grâce à un ressort idéologique d’extrême-droite. Je ne sais pas ce qui me désole le plus : qu’ils en aient eu l’idée ou que ça ait marché.

Je ne pense pas que Marine Le Pen arrive un jour au pouvoir. Par contre, cette affaire et plein d’autres montrent que les idées du FN sont banalisées, acceptées, intégrées par des gens venant de tout l’échiquier politique, de gauche comme de droite. L’immigration, par exemple, n’est plus matière à débat, l’affaire est déjà entendue : c’est devenu un problème à résoudre. On peut présenter tous les chiffres et toutes les études, prétendre le contraire est une opinion inaudible. Le FN n’a presque pas d’élu, mais il force les élus des autres partis à prendre position sur des questions clivantes, faussement présentées comme importantes. Le FN n’est pas au pouvoir, mais il impose ses sujets de débat, il produit du discours qui essaime. Insidieusement. On ne s’en rend pas compte, on se croit de gauche, on se croit progressiste et puis un jour, à l’occasion de l’expulsion d’une Leonarda ou du placement en foyer d’un gamin blond enlevé à ses parents bruns, on sort avec aplomb une bonne grosse connerie raciste.

Marine Le Pen : « La famille de Leonarda n’a pas vocation à rester en France. » François Hollande : « La famille de Leonarda n’a pas vocation à rester en France. » Voilà. Au plus haut de l’Etat, on est tombé dans le piège. À nous de ne pas y tomber aussi.

Médiocratie

Les médias sont médiocres. Il faut plaire au plus grand nombre, faire la course aux parts de marché, l'œil rivé sur les revenus publicitaires, aucune fiction sur des sujets segmentants l'immigration les Roms les pédés la prostitution oh là là surtout pas, la segmentation c'est mal, il faut rassembler, rassembler dans le nœud-nœud, dans le consensuel mou, aucune idée qui dépasse, comédies familiales gentilles et défilé d'humoristes sans griffes.

Les journalistes sont médiocres. Le micro trottoir en guise d'analyse politique, l'envoyé spécial au péage de Saint-Arnoult-en-Yvelines les jours de départ en vacances comme apogée du journalisme de terrain, servir la soupe aux invités quel que soit le nombre de conneries qu'ils débitent à la minute, présenter Christine Boutin comme spécialiste du mariage gay et Eric Ciotti comme expert en sécurité, faire des concours de unes putassières avec les torchons concurrents, ne jamais rien vérifier, rien, jamais.

Les politiques sont médiocres. L'UMP est encore plus grotesque qu'à l'époque où elle était au pouvoir (Dieu sait que personne n'aurait cru ça possible) et la gauche ne branle rien comme d'habitude. On attend la PMA pour tous, le droit de vote des étrangers, la légalisation de l'euthanasie, la dépénalisation du cannabis et du LSD, l'interdiction du cumul des mandats, le tournant de l'économie verte, la promulgation de l'Aïd et de Kipour comme fêtes nationales, la liberté sexuelle totale inscrite dans le préambule de la Constitution de 1958, la reconduite à la frontière des ministres de l'Intérieur nés en Espagne, l'exécution sommaire des ennemis du prolétariat, mais à la place on a encore demandé à Jacques Attali de nommer une commission et d'écrire un rapport.

Tout est médiocre et moi-même je me sens un peu las.

Judith

De passage en Belgique, vous décidez de visiter le Museum voor Schone Kunsten de Gand. Ah, les maîtres flamands, les paysages du nord, les clairs obscurs, l'agneau mystique de Van Eyck ! Et vous voilà déambulant de salle en salle, vous extasiant devant un Brueghel par-ci ou un Van Dyck par-là… Quand soudain : le choc.

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Une Judith inconnue. Par un certain Édouard Richter, lui aussi inconnu.

Vous avisez le sabre ensanglanté. Aucun doute, c'est bien de la Judith de la Bible dont il s'agit, celle qui afin de sauver la ville de Béthulie du pillage auquel le roi Nabuchodonosor la destinait, décapita le général Holopherne après l'avoir séduit et enivré. Mais cette Judith-là est spéciale. Elle ne ressemble pas à celle du Caravage, ni à celle de Rubens, ni à celle de Cranach, ni à aucune autre. À cause d'un détail inhabituel, qui vous trouble et sur lequel vous n'arrivez pas à mettre le doigt.

Vous finissez par voir ce qui cloche. Le temps. Cette Judith-là n'a pas peur d'être prise par les gardes, elle n'est pas en train de fuir, elle n'est pas dans la fébrilité qui saisit normalement tout criminel à l'œuvre. Non. Cette Judith-là prend tout son temps. Elle ne manifeste pas le moindre stress, pas la moindre inquiétude. Au point de s'arrêter face à la caméra pour faire sa pin-up, regard lascif, tenue transparente et tétons qui pointent.

Là où les autres peintres montrent une Judith meurtrière, Richter montre une Judith séductrice. La réalité du crime est escamotée derrière un coin de tenture à peine relevé ; ne reste que la tension sexuelle. Cette Judith-là n'est pas inquiétante parce qu'elle est en train de tuer mais parce que vous pourriez être sa prochaine victime. Si si. Vous. Cette façon de vous regarder, cette façon de marcher vers vous… En fait, c'est déjà trop tard : vous êtes foutus, ça fait au moins quinze minutes que vous êtes planté devant cette toile, le gardien de la salle commence même à vous regarder bizarrement.

Heureusement que ce n'est qu'une peinture. Heureusement que vous n'êtes ni hétéro, ni général babylonien.

Heureusement que l'art existe.

Navigo

J'ai besoin d'un passe Navigo. Naïvement, je me suis donc présenté muni de mon vieux passe à l'agence commerciale idoine, demandant qu'on me le réactive. Impossible, me répondit le guichetier : mon passe a été désactivé il y a plus d'un an, or voyez vous, on ne peut pas réactiver un passe désactivé depuis plus d'un an. Oui c'est n'importe quoi. Non, on ne peut rien faire.

De retour à la maison, je me connecte au site du STIF, cet organisme qui emmerde tout le monde depuis dix ans avec ses règlements débiles qui réalise tant de bonnes choses pour les usagers. J'apprends donc qu'il y a deux modèles de passe Navigo. Alors attention, hein. Techniquement, ce sont exactement les mêmes. Une carte en plastique avec votre photo et votre nom imprimés dessus et une puce RFID à l'intérieur. Mais commercialement, ça n'est pas du tout la même chose. Il y a le passe Navigo Intégrale (oui, il y a une faute d'accord, preuve irréfutable que le STIF est contaminé par la théorie du genre) qui sert uniquement pour les abonnements annuels, et le passe Navigo normal, qui sert uniquement pour les abonnements mensuels ou hebdomadaires. On ne peut pas mettre un abonnement annuel sur une carte destinée aux abonnement mensuels et inversement. Enfin techniquement, si, puisque ce sont les mêmes cartes. Mais en pratique, on ne peut pas. C'est interdit. Pourquoi ? Parce que.

Me voilà donc à devoir commander un nouveau passe Navigo sur internet – alors que j'en possède déjà un en parfait état. Il faut prouver que l'on habite en région parisienne – il ne faudrait pas que les bouseux de province bénéficient de la technologie de pointe qui se cache dans le Navigo, hein. Il faut fournir une photo d'identité aux normes (délirantes) qui vont bien, ses noms et prénoms, sa date de naissance… Les fiches anthropométriques de la Police Nationale sont probablement moins précises. C'est qu'autoriser n'importe qui à prendre le métro pourrait compromettre la sûreté nationale ! On ne rigole pas avec ces choses-là. Quoi qu'à bien y réfléchir, ça ne doit pas être une question de terrorisme, puisque ce problème-là est déjà résolu par les adolescents pré-pubères qui patrouillent en treillis dans toutes les gares avec un FAMAS non chargé au poing. Bref. Une fois sa fiche de renseignement remplie, il faut encore patienter plusieurs semaines avant de recevoir le passe convoité dans sa boite aux lettres. Le temps que la DCRI vérifie tout, je suppose.

Pendant ce temps à Londres, acheter une Oyster Card prend environ quarante-cinq secondes, puisqu'il suffit d'introduire sa carte bleue dans les distributeurs automatiques qui se trouvent en station. N'importe qui peut en avoir une (la preuve : j'en ai une), il n'y a ni photo ni nom ni prénom dessus, ça fait exactement ce qu'on lui demande sans prendre la tête de l'usager avec des procédures administratives dignes de l'ex-bloc soviétique : ça permet de prendre le métro. Point.

Mais j'imagine que les Français ne sont pas prêts à accepter un système aussi simple et aussi efficace.

Curriculum Vitae

Après un mois et demi de vacances à durée indéterminée, j'ai enfin retrouvé du boulot. Ce fut plus difficile que la dernière fois. Il faut croire que le marché du travail s'est tassé et que mes compétences professionnelles ne coïncident plus exactement avec les compétences à la mode. Bref, c'est l'occasion de mettre à jour et de republier un vieux billet, le CV En Images ! (Toutes les photos ci-dessous proviennent de Google Street View.)

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J'étais tout jeune, premier boulot, dans le milieu associatif. Si j'en crois la capture d'écran ci-dessus, des pavillons moches ont poussé à la place des locaux aujourd'hui détruits. L'expérience aurait été sympathique si mon chef n’avait pas été un psychopathe qui répondait systématiquement  «  débrouille-toi, il faut que tu te formes !   »  à toutes mes questions. Il avait dû lire un truc sur l’auto-construction des savoirs dans La Pédagogie pour les Nuls. Ensuite, il m’engueulait parce que le boulot qu’il avait refusé de m’expliquer comment faire n’était pas fait comme il le voulait. J’ai rapidement pris le parti de ne plus rien foutre  ; c’était moins humiliant de me faire pourrir la gueule parce que je n’avais rien fait que parce que j’avais fait quelque chose. Pas mal de nuits d’insomnies sur le thème  «  je ne veux pas aller bosser demain  ». Mon pire cauchemar ? Quand je m’aperçois qu’aujourd’hui, étant cadre à mon tour, il m’arrive parfois de reproduire involontairement ces schémas pervers avec mon équipe.

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Un poste peinard dans l’informatique industrielle, à dix minutes de chez moi. Peu de temps après mon arrivée, un italien fut embauché ; quand il découvrit la disposition des lieux, il me regarda d’un air désespéré et me dit avec un accent de mafioso sicilien  :   «  M’enfin petit, tu es fou, le bureau, jamais dos à la fenêtre voyons, c’est trop dangereux !   »  Et il retourna son bureau de façon à être assis face à la rue. Si j’en crois LinkedIn, ce gars est aujourd’hui directeur régional d’une des plus grosses SSII de France. On travaillait en collaboration avec une société canadienne. L’internet public n’existait pas. Pour échanger nos fichiers, on s’envoyait des disquettes par FedEx. Vingt-quatre heures pour expédier 1,44 méga-octets, ce n’était de toute façon pas beaucoup plus lent qu'un modem. Ironiquement, un des plus gros nœuds du réseau internet français de l'époque passait de l'autre côté de la rue, au défunt Centre Inter Régional de Calcul Électronique, et nous n'avions aucun moyen de nous brancher dessus…

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Quelques mois passés dans un Grand Organisme De Recherche Français. La meilleure cantine qu’il m’ait été donné l’occasion de fréquenter. La Nation soigne ses chercheurs, ou du moins leur estomac. Je passais mon temps dans une grande salle climatisée avec des super-calculateurs, des dérouleurs de bande magnétique et des terminaux X11 partout. Un film de science-fiction des années 1970 fait réalité. Mon contrat n’a pas été renouvelé parce que personne n’était sûr de la pérennité de mon poste et qu’il valait mieux se débarrasser de moi avant la limite fatidique des six mois au-delà desquels licencier quelqu’un coûte beaucoup plus cher. De toute façon, vu le salaire, je ne serais pas resté. La Nation soigne ses chercheurs, mais elle n’a pas encore compris que ses chercheurs avaient un loyer à payer.

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Trois ans dans des bâtiments classés monuments historiques au milieu du Parc Montsouris. Enfin en théorie. En pratique, les locaux étaient trop exigus et je travaillais le plus souvent depuis chez moi, ne passant au siège que pour les réunions, ce qui m'arrangeait puisque j'habitais principalement à Rennes à cette époque. On avait un double des clefs afin de pouvoir accéder aux locaux en dehors des horaires d’ouverture du parc. J’étais sexuellement très calme à l’époque et je n’en ai jamais profité. Quelques années plus tard, je ne vous raconte pas le nombre de plans cul que j'aurais fait en pleine nuit au bord des étangs  !

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Derrière la gare de Saint-Denis. Vous voyez, le quartier au bord du canal qu’on montre toujours dans les reportages sur le trafic de drogue dans le 93  ? Eh bien c’était pile-poil à cet endroit. Tous les salariés, y compris le patron, s'étaient fait agressés au moins une fois sur le trajet entre la gare et les bureaux. La direction avait fini par mettre en place une navette privée pour limiter les risques, perdant ainsi en frais de taxis quotidiens ce qu'elle avait cru économiser sur le loyer des locaux… En contrepartie, les soirs d’été, toute cette agitation, et puis entendre parler les langues de la Méditerranée au milieu des effluves de kebab, j’adorais ça. Ce fut aussi le premier boulot où je me suis présenté comme ouvertement homosexuel. Étrange mélange d'acceptation, d'indifférence et de remarques aussi naïves qu'homophobes, du genre : « Ah mais toi c'est pas pareil, tu n'es pas du genre à aller à la Gay Pride ! » ou encore : « Je ne pensais pas qu'un homo était capable d'occuper un poste aussi pointu que le tien. »

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Un passage éclair en bord de Seine, dans des locaux climatisés aseptisés automatisés, il fallait même badger pour aller aux chiottes. La SSII la plus merdique pour laquelle j’ai travaillé. Les projets ne présentaient pas le moindre intérêt, les délais étaient délirants (parfois moins de 24h pour livrer), prononcer le mot  «  qualité  »  était quasiment considéré comme une insulte. Je n’ai pas tenu trois mois, j’ai démissionné sur un coup de tête un lundi soir à 17h50. Par contre, le revêtement de sol violet était assorti à mes Converses, ce qui était quand même d’une classe folle.

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Toujours en bord de Seine, dans une grosse boite très sérieuse qui fabriquait très sérieusement du matériel médical très sérieux. Le maître mot ? La procédure. Des procédures pour tout. Pour écrire du code, pour tester du code, pour corriger du code. Pour écrire des documents, pour classer des documents, pour vérifier des documents, pour vérifier la vérification des documents. Pour configurer l'économiseur d'écran de son poste de travail, pour rédiger sa signature automatique de mail, pour organiser une réunion, pour transférer une compétence à un collègue. Il y avait même une procédure pour écrire des procédures et une autre pour s'assurer que les salariés prenaient bien connaissance des procédures. Alors que je faisais remarquer qu'il y avait peut-être trop de procédures et pas assez de bon sens, on m'a répondu le plus sérieusement du monde qu'on allait mettre en place une procédure pour s'assurer qu'il n'y avait pas trop de procédures. J'ai alors décrété qu'il était temps pour moi d'entamer la procédure de démission. (D'autant plus que que plusieurs de mes collègues s'étaient révélés être des militants de la manif pour tous, ce qui curieusement, avait quelque peu altéré ma capacité à travailler avec eux.) C'est dommage, parce que je trouvais plutôt intéressants les projets sur lesquels je travaillais.

Et bien sûr, par souci de discrétion, ni photo ni information à propos de mon nouveau boulot. Vous en saurez plus la prochaine fois que je changerai de poste et que j'actualiserai ce billet !

The Great Ape Project

Je découvre l'existence du Great Ape Project, une organisation qui milite pour la reconnaissance de droits juridiques aux grands singes. Passée la surprise première, je me dis que c'est finalement peu surprenant : c'est le prolongement logique de l'évolution de nos représentations sur nous-même, sur ce qui fait notre humanité.

Je ne sais pas si reconnaître des droits juridiques à des animaux est une bonne chose. Je n'ai pas d'avis tranché sur la question. D'un côté ça semble tout naturel ; d'un autre côté, sans vouloir tomber dans le sophisme de la pente glissante, il me semble que ça ouvrirait la porte à des considérations et des revendications, euh, disons, un peu radicales. Par exemple, si les primates sont reconnus comme des personnes juridiques, il se présentera tôt ou tard le cas d'une personne qui par testament lèguera sa fortune à un singe, posant alors la question du droit d'un animal à la propriété privée. Allons plus loin. Qui dit nouvelle législation dit nouveaux crimes et délits, qui dit droit à la propriété privée dit mobile de crime ; y aura-t-il des meurtres de chimpanzés, ainsi que des tribunaux et des prisons pour singes ?

Bon, ne nous emballons pas. Dans certaines régions du monde, on en est encore à faire en sorte que des humains ne soient pas traités comme des animaux, on est donc encore loin d'arriver à ce que des animaux soient traités comme des humains.

Gorges du Verdon

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Crest Pride

Lors des débats à l'Assemblée Nationale sur la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe, le député Mariton s'est particulièrement illustré par son obstruction parlementaire : dépôt de nombreux amendements, prises de parole interminables pour ne rien dire, rappels au règlement qui n'en étaient pas dans le seul but de perdre du temps…

À la limite, s'il s'était opposé avec de vrais arguments et en toute bonne foi, pourquoi pas. Mais son opposition n'était ni argumentée ni sincère. Il fallait quelqu'un à l'UMP pour faire le boulot d'obstruction, c'est tombé sur lui, il a fait le job demandé. Point. Ça aurait pu être sur n'importe quel autre sujet, il l'aurait fait de la même manière. C'est sans doute le plus vexant dans cette affaire : que les couples homos n'aient été qu'un jouet pour Mariton, le simple objet d'une stratégie. Ce type a joué avec nos vies, avec nos histoires, parce que ça avait un intérêt politique pour son groupe. Rien d'autre.

Pour le remercier, quelques associations LGBT ont donc décidé de lui offrir une gay pride, rien que pour lui, dans sa propre ville de Crest, devant sa mairie et devant sa permanence électorale. Nous y étions !

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Deux milles personnes environ, quelques célébrités comme Jean Luc Romero, des porte-parole d'associations qui ont fait de beaux discours au micro, beaucoup de couples de lesbiennes, pas mal de couples de gays, des bears, des fashionistas, des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, et plein de punks probablement hétéros mais qui ne se font jamais prier dès lors qu'il s'agit de participer à un truc un peu subversif.

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Pas de chars avec de la musique techno (enfin si, un, vers la fin) mais une vraie fanfare avec deux gros pavillons de sousaphone qui dépassaient de la foule, et qui enchainait les tubes des années 80. J'adorerais qu'on reprenne le concept à la gay pride parisienne.

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Après le passage du défilé, restent quelques tags sur les murs. Nul doute que le maire les aura rapidement fait nettoyer ; mais contrairement à l'adage, si ces écrits se seront vite envolés, les paroles de Mariton, elles, resteront longtemps dans nos mémoires.

Vacances

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Sympathique, la vue par la fenêtre de la chambre au réveil ! Et vu l'aspect des routes, je ne rêve plus que de revenir dans le coin en moto…

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